Le patron et le cheminot, même combat ?

Que viennent faire ensemble le cheminot et le patron, deux personnages de la société et de l’économie françaises que l’on a plutôt l’habitude d’opposer ? En effet, pour un certain nombre de nos concitoyens, le patron est une personne prête à licencier ses salariés pour s’en mettre plein les poches, alors que, pour d’autres, le cheminot, bien abrité derrière son statut de fonctionnaire, n’a que faire des chômeurs.

Ces représentations, certes en partie caricaturales, sont des sources de blocage de notre société, car elles présentent l’immense défaut de se cumuler en façonnant une image négative de ces deux acteurs. Comment un pays peut-il se développer et créer de l’emploi si beaucoup de Français ne font pas confiance au chef d’entreprise et au fonctionnaire en pensant que l’égoïsme est leur seul moteur ?

La meilleure manière de répondre à cette question est d’expliquer ces mécanismes de création d’emplois et de chômage afin que les jugements erronés de nos concitoyens s’évanouissent progressivement. Peu de personnes contesteront le fait que les entreprises sont les principaux agents économiques déterminant le niveau de l’emploi et du chômage en France. De même, le rôle primordial du patron dans les décisions prises par l’entreprise ne sera guère mis en doute.

Mais quel rôle jouent les agents de la fonction publique, incarnés par la figure emblématique du cheminot, sur ce problème du chômage ? Si l’on interroge un fonctionnaire sur ce sujet, il est fort probable que, dans la plupart des cas, il n’évoquera pas un seul instant sa responsabilité à propos d’un des maux le plus grave touchant une grande masse de nos concitoyens. Et il sera de bonne foi, car depuis sa scolarité jusqu’à son embauche dans l’administration, on ne lui a jamais expliqué par quels canaux il intervenait sur le niveau de l’emploi et du chômage.

Or, l’entrepreneur, quel que soit son mérite, même s’il porte des projets innovants, ne peut pas créer de l’emploi tout seul. Sur des marchés souvent mondiaux, pour gagner des parts de marché face à des concurrents affutés, il a besoin d’être soutenu dans son combat par la disposition d’infrastructures performantes. Pour reprendre l’exemple du cheminot, comment ne pas voir que la disposition d’une infrastructure ferroviaire capable de transporter des voyageurs et du fret en temps et en heure à un coût raisonnable est un facteur clef de la compétitivité des entreprises françaises vis-à-vis de leurs concurrentes étrangères ? Ainsi, le chômage n’est pas l’affaire des seules entreprises, il relève du bon fonctionnement du binôme « patron/cheminot ».

A partir du moment où l’on reconnaît qu’une des fonctions majeures des administrations publiques est de soutenir l’emploi dans le secteur privé puisque la compétitivité des entreprises dépend de la productivité du secteur public, la logique est d’insérer enfin les administrations dans le système productif de la France. Mais, pour cela, il faudra une véritable révolution copernicienne, car les esprits doivent mûrir pour accepter l’idée que le fonctionnaire et le patron sont deux personnages clefs de la création des emplois et du chômage dans les entreprises. Vaste programme, puisqu’il s’agit de redéfinir les fonctions des administrations publiques et leurs relations avec les entreprises et les citoyens. C’est ce que je présenterai dans un prochain article avant d’évoquer les réformes à faire et la manière de les mener à bien.

9 réflexions au sujet de “Le patron et le cheminot, même combat ?”

  1. Bonjour Marie-Louise, ton étonnement d’avoir mis ensemble ces 2 personnages à propos des thèmes de l’emploi et du chômage est certainement partagé par la plupart des Français, car ils ne voient pas comment un fonctionnaire peut influencer le niveau du chômage. Cela en effet n’a rien d’évident, car le cheminot, le professeur, le secrétaire de mairie ne créent pas des emplois dans leurs administrations, mais indirectement favorisent la création d’emploi dans les entreprises. Lorsque les trains arrivent en temps et en l’heure pour les voyageurs et le fret, ce sont les entreprises et les citoyens qui en profitent, lorsque les étudiants sortent de l’université avec un bagage adapté aux besoins de l’économie, ce sont autant d’emplois recherchés par les entreprises qui trouvent preneurs et font baisser le chômage, lorsque une mairie d’une petite ou moyenne ville fait bien son travail en matière d’information, de formation en liaison avec pôle emploi, elle aide à la création d’emplois dans sa commune. En résumé, le patron qui est la personne dans l’entreprise qui prend la décision d’embaucher ou de licencier un salarié est influencé par la manière dont le cheminot et plus généralement l’ensemble de la fonction publique remplissent leurs missions. La compétitivité des entreprises, pour se battre à armes égales contre leur concurrentes étrangères, dépend de la qualité des services publics. Je développerai ce point dans un article prochain.
    Amicalement
    Jean

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  2. Fort intéressant. J’ai hâte de lire le prochain article et surtout de savoir comment améliorer la qualité des services publics; pour les rendre plus performants et efficaces. Mais un grand travail est à faire en ce qui concerne l’opinion publique. Détruire les stéréotypes n’est pas chose aisée et le fait d’en parler aide justement à remettre en question la vison du « patron méchant » et « fonctionnaire paresseux ».

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  3. Bonjour,
    Très bons textes. Surtout le diagnostic que l’administration ne cherche pas à développer l’entreprise. Il y a un rejet de la culture d’entreprise et le sentiment que les entreprises gagnent de l’argent sur le dos des salariés et plus généralement des citoyens. Un changement ne peut provenir que d’une meilleure éducation sur le fonctionnement de l’économie.
    Par contre présenter les fonctionnaires comme des nantis est contraire à la réalité (pressions administratives, niveau de salaire. Incitations aux démissions, toutes actions qui s’avèrent en définitif contre productives mais qui ne rendent pas moins la vie d’un fonctionnaire aussi difficile que dans le privé).
    Bien cordialement,
    Alain

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    1. Bonjour Alain,

      A propos du 1er §, j’ai le même jugement sur la manière dont est souvent perçue l’entreprise. J’ai d’ailleurs prévu de développer ce point dans un autre article.

      Sur le 2ème §, je n’ignore pas les difficultés rencontrées par les fonctionnaires dans l’exercice de leurs activités puisque j’ai fait allusion aux agressions subies par le policier, le gendarme, le professeur, le soignant etc. Je n’ai jamais pensé qu’ils étaient des nantis, mais ils bénéficient d’un avantage exceptionnel aujourd’hui, la sécurité de l’emploi, par rapport aux salariés du privé, sans parler des 5 millions de personnes sans emploi…
      Bien cordialement
      Jean

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  4. Je partage l’ensemble de tes propos mais j’insiste toujours sur le même point qui apparaît comme une utopie et qui n’est jamais abordé à savoir la fin de l’emploi à vie.

    Rien ou presque ne le justifie et les pertes de productivité abyssales trouvent leur origine dans un système qui fait très peu de différence entre les fonctionnaires performants et ceux qui le sont moins.

    Ayant constaté qu’une organisation ne fonctionne que si elle est dirigée, je pense que les gains de productivité passent bien sûr par la redéfinition des objectifs mais aussi par le mode de fonctionnement.

    Une organisation n’est efficace que si le management a sa raison d’être.

    Plusieurs choses essentielles doivent être vérifiées :
    – Des objectifs précis, mesurables,

    – Une rémunération proportionnelle à la valeur ajoutée de chacun,

    – Des leviers permettant véritablement de contraindre le collaborateur à atteindre ses objectifs allant jusqu’à une possibilité de perdre son emploi

    – Un climat fondé sur la confiance.

    On en est loin mais je partage qu’il faut commencer par la redéfinition des missions des fonctionnaires au service des fonctionnaires

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  5. Bonjour Jean,
    Juste une remarque à propos du régime de retraite des fonctionnaires. Une part importante de leur traitement est constituée de diverses primes qui n’entrent pas dans le calcul de leur retraite. Finalement, ce n’est peut-être pas si favorable que cela
    Et puis le montant de la retraite dépend avant tout du montant des revenus. Ces derniers sont-ils plus élevés que dans le privé ?
    Cordialement,
    Urbain

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    1. Selon le rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) le 31 mai 2017, « Il apparaît toutefois que à la fois les cadres et les non cadres ont une pension plus élevée dans la fonction publique d’Etat que dans le secteur privé après une carrière complète dans le même régime ». Et l’écart est également favorable au secteur public pour la durée du travail annuelle de 1 575 heures contre 1 727 heures pour le privé et pour les jours de congé et de RTT de 43 jours contre 27 pour le privé

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  6. il est clair que le fonctionnaire ne peut que supposé le traitement des salariés du privé, comme le salarié du privé ne peut connaître le traitement du salarié fonctionnaire. C’est la même carence au sein de l’entreprise entre les différentes fonctions. Il convient donc, comme j’ai eu la chance de le faire, de passer d’une fonction à une autre et de passer de privé au publique et inversement. Mais pour cela faudrait-il que les règles soient identiques. Peut-on imaginer que le fonctionnaire accepte de renoncer à sa garantie d’emploi à vie?

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  7. Bonjour Jean,
    Un exemple, qui date un peu certes, mais qui risque d’être encore d’actualité, et qui me semble t’il explicite bien ton propos.
    Il y a quarante ans lorsque nous avons du construire une usine pour fabriquer nos lubrifiants que nous livrions par camion nous avons acheté un terrain de plusieurs hectares pour la construire dans la zone industrielle de Villeneuve la Garenne. Nous avions le choix entre un terrain relié à la route et un autre, plus cher, relié à la route et à la voie ferrée privative de la zone, elle même reliée au reseau SNCF. Nous avons pris contact avec la SNCF qui nous donnait des tarifs de transport compétitifs, nous mettait un wagon par jour sur nos voies et le reprennait chaque soir afin d’éclater les marchandises vers nos clients.
    Nous avons donc acheté le terrain « embranché fer » avons à nos frais installé un aiguillage et notre propre embranchement ferré sur notre terrain.
    Lors du démarrage de l’usine le premier wagon a été amené, nous l’avons rempli, et…. il est resté 4 jours sur notre voie, pour cause de grève. Nous n’avions heureusement pas rompu les ponts avec nos transporteurs et avons pu livrer nos clients par route. Nous avons fait quelques mois plus tard un autre essai sur la sollicitation des services commerciaux de la SNCF, qui s’est avéré catastrphique aussi. Nous n’avons plus jamais utilisé les services de la SNCF, et notre investissement à été perdu en même temps que nos illusions et une partie de notre devoir civique.

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