Pourquoi le fonctionnaire est-il un personnage mal aimé ?

Nos dirigeants politiques, de quelque parti qu’ils soient, insistent toujours sur le fait que les administrations  sont trop coûteuses et que les principales décisions à prendre doivent viser à baisser les dépenses publiques. Une partie de la population partage ce diagnostic et reproche de plus aux agents de la fonction publique de ne pas être assez à l’écoute de leurs besoins. Enfin, et c’est le plus grave, des fonctionnaires au contact de la société civile sont de plus en plus maltraités par certains de nos concitoyens : des policiers et gendarmes sont agressés dans la rue, frappés et caillassés par des bandes de voyous, des professeurs sont injuriés et menacés par des parents d’élèves qui estiment que leurs enfants ne sont pas appréciés à leur juste valeur, le médecin de garde ou l’infirmière sont molestés par des patients contestant leurs diagnostics et leurs prescriptions etc. Ce tir groupé conduit les fonctionnaires à penser qu’ils sont injustement mal aimés et cela produit chez eux un sentiment de mal-être.

Comment en est-on arrivé là ? Deux raisons expliquent cette situation.

La première tient à la nature même des administrations publiques : avec 5,6 millions de salariés protégés et sécurisés, elles forment un monde à part car, étant toujours financées, elles sont immortelles. Les agents de la fonction publique ont un privilège unique, l’emploi à vie, et une sécurisation de leurs ressources financières au travers d’un régime de retraites très favorable, calculé sur les 6 derniers mois d’activité, et des mécanismes de régulation de leurs rémunérations comme le GVT (Glissement Vieillesse Technicité).

A l’inverse, les entreprises sont mortelles dès que leur financement est insuffisant. Les salariés sont soumis aux risques de chômage et leurs retraites sont beaucoup moins favorables puisqu’elles sont calculées sur les 25 meilleures années. Il y avait 5,6 millions de chômeurs en décembre 2017, soit le même nombre que celui des emplois publics. Enfin, 5 millions de personnes, parmi lesquelles on trouve des familles monoparentales, des jeunes, des chômeurs de longue durée, des personnes âgées, des réfugiés etc., connaissent la pauvreté et la solitude. Ce décalage entre un monde soumis à l’insécurité et un monde sans risque notable engendre des phénomènes de jalousie et de rejet.

La deuxième raison de ce désamour s’explique parce que les administrations publiques n’ont jamais été réformées profondément depuis près de quarante ans. Une vraie réforme consiste à revoir entièrement l’organisation et les moyens en fonction des missions actuelles et futures que les administrations doivent prendre en charge en tenant compte des besoins de notre société et de notre économie. A la place de ce comportement responsable, on a préféré en général augmenter les moyens, parfois les réduire un peu, mais sans entreprendre de véritable réorganisation en fonction des finalités et des missions à accomplir.

Cela a produit deux graves conséquences :

La première est qu’à partir du moment où les administrations françaises n’ont pas été fortement contraintes financièrement et réformées pendant une longue période, leur production de services a correspondu de moins en moins aux besoins des citoyens et des entreprises. Ce décalage entre la demande adressée aux administrations et leur offre a provoqué une insatisfaction qui explique en partie les critiques qui leur sont adressées. Dans le cas du secteur privé, cette situation aurait été inimaginable, car l’entreprise aurait disparu très vite à partir du moment où elle n’aurait plus produit des biens ou services correspondant à la demande de ses clients.

La deuxième conséquence est que les administrations auraient pu être beaucoup plus productives qu’elles ne le sont. Lors de mes interventions j’ai pu mesurer que cette sous-productivité est toujours supérieure à 10 % et qu’elle peut aller jusqu’à 30 % selon les administrations concernées. Ainsi, par exemple, avec les mêmes effectifs, l’Éducation nationale serait susceptible de produire aujourd’hui nettement plus de prestations de meilleure qualité en faveur des élèves. Le fait d’avoir des élèves mieux formés et employables aura un effet de levier considérable sur la production, la productivité et la compétitivité futures des entreprises.

Dans mes prochains articles, j’expliquerai comment il serait possible de réussir la réforme des administrations publiques.

2 réflexions au sujet de “Pourquoi le fonctionnaire est-il un personnage mal aimé ?”

  1. Bonjour Jean, ton clair constat m’a bien intéressé. C’est lorsque tu auras présenté tes pistes de réforme de la fonction publique que je les commenterai avec intérêt.

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  2. Bonjour Jean,
    Le fonctionnaire est bien sûr celui qui ne risque rien, il est syndicalisé, peut ne rien faire, il est toujours en grève etc ….
    Ce cliché est plus que très répandu pour tout un chacun ne côtoie pas dans son travail, le fonctionnaire.
    Mais surtout, le fonctionnaire est souvent celui qui est derrière le guichet, celui qui représente l’Administration !
    Et ceci n’est pas un vain mot pour nos concitoyens : notre Administration est d’une complexité incroyable, complètement opaque, illisible et sans aucun recours contre elle et qui ne soit immédiat. Ses règles de fonctionnement sont par ailleurs très rigides.
    La liste de qualificatifs concernant notre Administration pourrait être longue !
    Imaginons un fonctionnaire qui apporterait un service clair, rapide et compréhensible par tous.
    Je crois que dans ces conditions , il pourrait bénéficier d’une autre image.
    Je crois beaucoup en la simplification de nos procédures, de notre administration. Mais ceci est un chantier immense qui apporte peu de popularité.
    Je te propose de plancher sur le sujet, Jean.
    Bon courage – Merci pour ces échanges.
    Jean Noel

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