Le pouvoir politique et les services publics doivent changer de comportement pour construire un cercle vertueux avec les usagers (entreprises et citoyens) 

Je vais aborder aujourd’hui les changements à faire du côté du pouvoir politique. Pour réformer l’État, de nombreuses personnes, y compris des fonctionnaires, m’ont suggéré des décisions drastiques de rupture avec la situation présente, comme la disparition à terme du statut des fonctionnaires et leur remplacement par le secteur privé dans tous les ministères non régaliens. Je leur ai répondu que leurs propositions sont sérieuses et méritent d’être étudiées de près, mais qu’il y urgence et que dans l’immédiat, il faut créer les conditions pour que les pouvoirs politiques et les fonctionnaires fassent des pas les uns vers les autres afin que le climat actuel de défiance disparaisse peu à peu.

Tournons-nous d’abord vers le pouvoir politique, car ce sont le président de la République et le Gouvernement qui doivent donner l’impulsion initiale en direction des fonctionnaires, tout en expliquant à l’ensemble des Français le pourquoi de cette initiative.

La première chose à faire est de redonner du sens à l’action des services de l’État,  souvent déboussolés faute de message clair. Dans ce but, Il faut inventer une nouvelle mission qui inspire et fédère les finalités de chaque ministère. J’en propose la formulation suivante : « Gagner la guerre contre le chômage, et par conséquent contre la pauvreté et la solitude ». Quoi de plus exaltant et de valorisant pour un fonctionnaire que d’être  convaincu que, grâce à son travail, il va indirectement aider par exemple des jeunes à trouver un emploi.

Pour que le caractère insolite de cette mission ne désarçonne pas les agents de la fonction publique et qu’ils puissent partager cette finalité, un grand effort d’explication par le Gouvernement sera nécessaire. Il faudra faire comprendre comment cette mission supérieure s’articule avec les missions spécifiques de chaque ministère. Il n’y aura guère de difficultés pour le ministère de l’Éducation nationale d’expliciter les liens entre les formations dispensées et les emplois demandés sur le marché du travail. De même, le ministère de l’Intérieur, en assurant la sécurité du territoire français, rendra par exemple plus faciles la création d’entreprises et la venue des touristes étrangers, toutes deux sources d’emplois.

Mais, pour convaincre les fonctionnaires de s’engager dans cette démarche, le Gouvernement doit montrer qu’il est aussi capable de se remettre en question.

Le premier virage à prendre est de traiter enfin les fonctionnaires pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des personnes appartenant à la sphère productive, comme le sont les salariés du privé. Il n’y a pas de différence de nature entre un professeur, un médecin, un juriste, un DRH, un acheteur, une secrétaire  etc. travaillant dans les secteurs public ou privé. Il est temps d’arrêter de traiter les salariés du secteur public comme étant seulement des sources de dépenses, alors qu’ils sont d’abord des producteurs de richesses, même si leur production actuelle pourrait être très supérieure pour la même dépense. C’est cette représentation positive que le Gouvernement devra mettre en avant pour que la réforme soit acceptée, car comment motiver des personnes si on se contente de leur dire qu’elles coûtent trop cher ? Cette image devra être ensuite promue vers la société civile qui, si elle change d’avis progressivement, confortera les fonctionnaires dans leur choix de ne pas rester immobiles.

Allant dans le même sens, l’autre virage consiste à « mouiller » les fonctionnaires dans la conduite de la réforme. Il n’y aura pas de réforme de l’État réussie si elle n’est pas portée aussi par ses agents, car on voit mal quelques généraux gagner une guerre, si une grande partie des soldats ne croient pas que cela est possible. Je suis pour ma part convaincu que la réforme peut être conduite avec l’appui des fonctionnaires puisque j’ai eu l’occasion en tant que consultant de vérifier que cela a été à chaque fois possible dans les ministères où je suis intervenu avec mon équipe, ce que j’expliquerai dans un article suivant.

Enfin, le Gouvernement doit montrer l’exemple en sanctionnant les ministres et les hauts fonctionnaires dirigeant les directions et les services de l’État s’ils ne respectent pas les objectifs définis avec le Président et le Premier ministre et sur lesquels ils se sont engagés. C’est la meilleure manière de convaincre qu’il n’y a pas d’exception à la règle selon laquelle chacun doit être évalué en fonction des résultats qu’il a promis d’obtenir.

2 réflexions au sujet de “Le pouvoir politique et les services publics doivent changer de comportement pour construire un cercle vertueux avec les usagers (entreprises et citoyens) ”

  1. Cher Jean,

    Je constate aujourd’hui qu’une grande partie des fonctionnaires que je côtoie ont toujours (c’est heureux) une conscience aiguë de leur mission de service public et de leur rôle structurant pour la société.
    Il me semble que c’est moins d’un déficit d’image du service public dont ils souffrent qu’un manque de cohérence dans leurs organisations par rapport aux enjeux actuels.
    Les administrations qui ne se sont pas modernisées souffrent d’un déficit dans leur process et leurs outils qui constituent un frein important à l’efficience qu’on serait en droit d’attendre des services de l’état.
    Le fonctionnaire subit ce système et a conscience de ses insuffisances qui pèsent dans son travail quotidien. Pour autant même s’il appelle parfois de ses vœux du changement, et est capable de s’envisager comme un acteur productif qui apporte de la valeur au système il n’est la plupart temps pas prêt à remettre en cause son mode de fonctionnement profondément ancrée qui constitue le socle culturel fondateur propre aux administrations.
    S’inscrire dans une logique productive c’est accepter d’être confronté à la mesure de la performance, à faire preuve de souplesse et d’adaptabilité (l’agilité dont on nous parle sans arrêt) et aussi parfois à renoncer à certains avantages si cela remet en cause la pérennité de l’entreprise.
    C’est ce à quoi sont confrontés les salariés du privé. Pour un fonctionnaire qui a la garantie d’un emploi à vie, calée dans une fonction et une affectation sortir de sa zone de confort et être confronté à la logique de performance nécessitera plus qu’une approche bienveillante et une reconnaissance de son rôle dans la société.
    Ce changement de paradigme me semble difficilement envisageable sans une remise en cause profonde de la structure même de nos administrations et du statut des fonctionnaires.

    Aline

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  2. Bonsoir Jean, merci pour ce nouvel article.

    Mobiliser les fonctionnaires sur l’objectif de faire reculer le chômage est une idée forte. Je crains que certains syndicats (les plus conservateurs et corporatistes, suivez mon regard…) ne détournent immédiatement le propos en disant « Hé bien, commençons par arrêter la casse des services publics et le non renouvellement de départs de fonctionnaires ». Ils cultivent pour leur électorat et eux-mêmes ces notions simplistes et erronées . Le gouvernement de Mitterrand 1 n’avait-il pas lui-même annoncé qu’il ferait baisser le chômage en créant des emplois dans les services publics ? Ce mensonge adapté à une culture économique niveau presque zéro, a du fortement contribuer à son élection.

    Autrement dit, pour que le message aux fonctionnaires « aidez à diminuer le chômage » porte dans le bon sens, il faut le compléter par une culture économique importante.

    Bien sûr qu’il convient de valoriser moralement les fonctionnaires et leurs nobles missions. Mais je pense donc que pour que les bonnes intentions exprimées ne soient pas un cautère sur une jambe de bois, qu’il faut vraiment s’attaquer à tout ce qui dans le statut des fonctionnaires rend les structures rigides et supprime trop les responsabilités. Je rejoins donc totalement Aline G sur sa conclusion.

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