La France peut-elle lutter seule contre les pollutions et la chute drastique de la biodiversité sur son territoire ?

4èmefeuillet de mon album photo

Le nuage de Tchernobyl peut-il s’arrêter de nouveau à la frontière franco-allemande ?

Pour les jeunes générations rappelons que, le 26 avril 1986, le cœur d’un réacteur nucléaire explose à Tchernobyl en Ukraine et un grand nuage de radioactivité se répand en Europe de l’Ouest en contaminant l’atmosphère, l’eau et le sol. Heureusement pour les Français, leur gouvernement et les médias les ont rassurés en leur ont expliquant que « le nuage s’était arrêté à la frontière ». En matière de fake news, on a fait fort à l’époque. Aujourd’hui, peut-on croire encore à ce genre de sornettes ?

Chacun de nous peut aisément faire le constat d’une biodiversité  en chute libre : un bon test est ce que des scientifiques appellent « le syndrome du pare-brise ». Dans le passé, lorsque vous voyagiez la nuit en voiture, vous constatiez que vous deviez vous arrêter plusieurs fois pour nettoyer votre pare-brise, couvert par les moustiques, hannetons, papillons et autres insectes volants attirés par la lumière de vos phares. Aujourd’hui, plus besoin de vous arrêter en chemin, ni d’aller souvent à la station de lavage de voiture, vous faites des économies, mais êtes-vous satisfait d’avoir un pare-brise impeccable ?

Assurément non, car même si vous n’êtes pas séduit par le vrombissement énervant du moustique venu visiter votre chambre les nuits d’été pour vous prélever quelques millimètres cubes de sang, vous êtes curieux, et vous vous interrogez sur l’importance et les raisons de cette diminution du nombre des insectes volants.

Une publication scientifique faite dans la revue Plos One en octobre 2017 répond à vos questions : elle a évalué que dans les zones naturelles protégées d’Allemagne, 80 % de la biomasse des insectes volants avaient disparu dans les 30 dernières années. En France, une étude comparable n’a pas été faite, mais on voit mal comment les résultats pourraient être significativement différents puisque la principale cause de cette hécatombe est à chercher dans l’intensification des pratiques agricoles : celles-ci sont basées sur l’usage de pesticides, dont la fonction principale est de tuer les insectes, d’herbicides qui détruisent les sources de nourriture des insectes, et sur la réduction des espaces semi-naturels. D’autre études confirment la rapidité de ce phénomène de disparition des insectes puisque leur taux de mortalité est huit fois plus rapide que celui des mammifères et des oiseaux.

Mais en définitive, est-ce si important que cela d’avoir perdu une grande partie de nos insectes en si peu de temps sur notre territoire ? Ce n’est pas important, c’est gravissime, comme on va le voir maintenant.

La première conséquence, la plus grave, est que les insectes assurent la pollinisation de 80 % des plantes en Europe : s’ils disparaissent, il y aura de moins en moins de production de fruits et de légumes. Comme l’écrivait Gilles Bœuf, l’ancien Président du Muséum d’histoire naturelle, « Si on ne change rien, mais je me refuse à croire cela, il sera difficile de vivre après les années 2040, où il n’y aurait plus de pêche, plus d’abeilles … Dans une région de Chine, ces insectes ont déjà disparu, et sans eux, il n’y a plus de légumes ou de fruits ».

Deuxième conséquence, la disparition progressive des insectes affecte toutes sortes d’espèces animales, car ils sont à la base de la chaîne alimentaire. Une grande partie des oiseaux que j’observe tout au long de l’année et que j’écoute avec ravissement se nourrissent d’insectes, car un hanneton est un aliment plus énergétique qu’un grain de blé. Cela explique que le Moineau domestique, bien que granivore, ajoute à son menu des guêpes, même s’il est moins doué dans cet exercice que le Guêpier d’Europe. Selon le Muséum d’Histoire naturel et le CNRS, un tiers des oiseaux de nos campagnes a disparu en 15 ans et ce recul va se poursuivre tant que les pratiques agricoles intensives ne changeront pas. La liste est longue des autres espèces animales affectées par cette baisse des populations d’insectes : les reptiles, les batraciens, les poissons, les crustacés, et les mammifères comme les chiroptères, les musaraignes, les taupes ou les hérissons qui en sont de gros consommateurs. A cause de cet effet domino, la biodiversité dans son entier est menacée.

Cette évolution est-elle inéluctable ? non, si l’on en croit deux spécialistes de ces questions  :

Selon Frédéric Jiguet, professeur au Muséum d’Histoire naturelle et directeur du Centre de recherche sur la biologie des populations d’oiseaux, « C’est un défi mais il faut réussir à généraliser l’agriculture biologique tout en étant capable de nourrir tout le monde. Et pour le non bio, réduire la quantité d’intrants, herbicides et pesticides, extrêmement néfastes pour la biodiversité sauvage ». (1)

Selon Claude Henry, professeur de développement à Sciences-Po Paris et à l’université Colombia, à New York, « Il faut substituer un modèle d’agriculture fondé sur la biologie au modèle fondé sur la chimie ». « Une relève biologique, maintenant efficace, est mobilisable. Elle inclut l’agrobiologie, l’agroforesterie, l’agriculture dite « bio » … Elle est fondée sur la richesse vivante des écosystèmes, le sol en première ligne, en particulier sur les réseaux d’interactions en leur sein, et sur la capacité à les mobiliser qu’apportent les incroyables avancées de la biologie … (2)

Comme vous pouvez le constater, ces deux réponses sont convergentes et la bonne nouvelle, c’est qu’elles inspirent le nouveau règlement européen de l’agriculture biologique et de  l’étiquetage des produits biologiques adopté par le Conseil et le Parlement européen le 30 mai 2018. Ce règlement entrera en vigueur le 1erjanvier 2020. L’Europe avance, et la France avec. 

  • Voir le site usbeketrica.com  « La baisse catastrophique des populations d’oiseaux continue » Vincent Lucchese 20/03/18
  • Voir dans le journal Le Monde du 6/09/18 l’article de Claude Henry intitulé « Trois mesures pour sortir du désastre écologique »

3 réflexions au sujet de “La France peut-elle lutter seule contre les pollutions et la chute drastique de la biodiversité sur son territoire ?”

  1. Merci Jean pour cet article parfaitement documenté sur la dégradation de la biodiversité et plus particulièrement sur la disparition rapide et massive des insectes et sur ses graves conséquences.
    Nos gouvernants ne semblent pas avoir pris la mesure du phénomène, même s’il est maintenant interdit d’utiliser des pesticides dans les jardins. C’est surtout dans les champs des agriculteurs qu’il faudrait les proscrire et se lancer dans une politique volontariste en faveur de la culture bio.

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  2. Bonjour Jean, de retour de 8 jours à Menton avec Marie-Catherine, je prends connaissance de ton nouvel article. Tu y traites avec compétence d’un sujet qui te tiens tout particulièrement à coeur et ton article est clair, référencé, et très justement alarmiste. C’est de nouveau un sujet très important et je souscris totalement à ton avis que c’est au niveau européen que les décisions pertinentes et contraignantes se prennent déjà, heureusement, et doivent se prendre de plus en plus.

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  3. Bonjour Jean,
    Un emploi du temps bien chargé (jardinage de printemps et rénovation d’une vieille maison en Auvergne) ne me permet pas de réagir rapidement à tes articles alors que l’intérêt que je leurs porte ne cesse de grandir.
    J’ai particulièrement apprécié ton 14ème article qui met l’accent avec précision et clarté sur des problèmes gravissimes que tout le monde connaît mais qui trop souvent ne génèrent que de l’indifférence. Il faut donc allumer les projecteurs, ce que tu fais brillamment !
    La montée des partis Eurosceptiques et la faible participation des électeurs, annoncée par les sondages, y compris pour les jeunes, ne favorisent guère les projets de construction d’une Europe unie et solidaire.
    Dans ce contexte, il sera difficile de retrouver l’élan de la Cop 21 malheureusement fortement ralenti depuis le retrait unilatéral des Etats-Unis. Même si la majorité des états membres de l’UE fait preuve d’un certain volontarisme et particulièrement la France pour préserver la planète, les objectifs fixés sont souvent revus à la baisse. L’Europe piétine alors que l’urgence ne cesse de gagner du terrain.
    Il faut cependant rester serein et optimiste. La construction de l’Europe a toujours donné lieu a des contestations de toutes natures et le bilan est malgré tout largement positif.
    Pour continuer à progresser il faut envoyer à nos dirigeants politiques un message fort concernant l’intérêt que nous attachons à l’avenir de l’Europe et de la planète. Il faut donc aller voter le 26 Mai et bien sûr choisir les candidats pour lesquels l’union Européenne est un objectif vital. C’est le moyen incontournable pour que la force économique que représente l’Europe se traduise en puissance diplomatique capable de faire jeu égal avec les plus puissants.

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