La France doit-elle sortir de l’Europe économique et monétaire ?

5èmefeuillet de mon album photo : la France doit-elle sortir de l’Europe économique et monétaire ?

_1020507Au cours des quatre derniers articles, j’espère vous avoir convaincus que l’Union Européenne est l’organisation la plus pertinente pour traiter des sujets aussi fondamentaux que la sécurité extérieure ou intérieure de la France, le réchauffement climatique et la chute de la biodiversité. Mais, en est-il de même pour les domaines de l’économie et de la monnaie ? Ma réponse se fera en deux temps car, en matière économique, la question est de savoir s’il faut sortir de l’Union Européenne (UE), qui comprend 28 et bientôt 27 pays, alors qu’en matière monétaire c’est la zone euro, avec 19 pays, qui est concernée.

  • La sortie de l’UE : le choix du protectionnisme contre le libre-échange

Sortir de l’UE, c’est quitter une région du monde où règnent les mécanismes de libre concurrence et où les entraves à la libre circulation des biens, des personnes, des capitaux et des services ont été éliminées pour la plupart. Partir, donc, a pour principales conséquences de reconstruire des frontières, de rétablir des droits de douane sur les importations de biens et services et des contrôles sur les mouvements des personnes et des capitaux.

Les débats sur les mérites respectifs de la protection ou du libre échange sont anciens comme l’économie politique. Un argument en faveur du protectionnisme développé par l’économiste allemand Friedrich List est que dans un pays où des secteurs économiques sont en phase de démarrage, il convient de les protéger par des droits de douane pour qu’ils se développent, sinon ils seront écrasés par la concurrence des pays plus avancés. C’est une justification pertinente mais, dans le cas de l’UE, la convergence entre les 28 pays est suffisamment avancée pour qu’il ne soit plus nécessaire de recourir à de telles pratiques. Si la protection est nécessaire, elle concerne nos relations avec des pays tiers qui ne respectent pas certaines règles comme la vente à perte ou le pillage des savoir-faire d’une entreprise technologiquement avancée.

Pour la France, la stratégie gagnante en matière industrielle est tout autre : il s’agit de monter en gamme pour fabriquer des produits à forte valeur ajoutée dans des domaines rassemblant une grande concentration de cerveaux, de R&D et de technologies innovatrices. C’est à ce prix que nous serons dans un certain nombre de secteurs en développement proches de ce que les économistes Philippe Aghion et Élie Cohen appellent la frontière technologique où nous resterons dans le peloton de tête.

  • La sortie de la zone euro : l’appauvrissement programmé des Français

Une bonne manière de mesurer les avantages de la participation à la zone euro consiste à étudier ce qui se passerait si la France revenait au franc : faisons la liste des six conséquences qui, en se cumulant, provoqueraient  l’appauvrissement des Français.

La France a une dette publique presque égale au PIB en 2018 mais, heureusement, les taux d’intérêt payés par l’État aujourd’hui sont extrêmement bas, de 0,8 % pour des prêts à 10 ans, ce qui correspond à du crédit quasiment gratuit. La raison en est que les prêteurs ont confiance dans notre pays, car celui-ci est arrimé à l’euro qui serait défendu par la Banque Centrale Européenne (BCE) s’il y avait une attaque, comme cela a pu se produire dans le passé pour la Grèce. C’est la BCE qui fixe les taux d’intérêt que payent les banques lorsqu’elles s’endettent auprès d’elle, et par un mécanisme de cascade, elle détermine également le coût très bas des emprunts que payent aujourd’hui l’État, les entreprises, vous et moi pour acheter un logement ou une automobile. Si la France quittait un jour la zone euro, les taux d’intérêt qu’elle devrait payer feraient un bond immédiat, ce qui accroîtrait la charge de la dette publique et amputerait notre pouvoir d’achat, car nous devrions emprunter alors à des taux beaucoup plus élevés. Ajoutons que, grâce à la BCE, nous avons aujourd’hui une force de frappe en matière de politique monétaire qui est équivalente à celle de la banque centrale américaine (la FED), car elle dispose des mêmes moyens pour faire face à des grandes crises comme celle de 2007/2008.

La deuxième conséquence serait l’alourdissement des dépenses de remboursement des emprunts contractés par l’État, les entreprises et les ménages, car ceux-ci sont libellés en euros alors qu’il faudrait que nous les remboursions avec une monnaie faible, le franc.

La troisième conséquence serait que le franc, en perdant immédiatement une grande partie de sa valeur par rapport aux autres monnaies, provoquerait un renchérissement considérable du prix des produits importés, ce qui aurait pour effet de réduire le pouvoir d’achat des ménages français. Le seul bénéfice à attendre de cette décision serait de rendre nos entreprises un peu plus compétitives.

La quatrième conséquence serait que la France, ne pouvant plus rembourser ses dettes, perdrait la confiance de tous les opérateurs qui arrêteraient de lui prêter.

La cinquième conséquence est que l’État, n’ayant plus accès à des crédits, serait obligé de se serrer la ceinture en dépensant moins, ce qui est le contraire de ce que souhaitent les partisans de la sortie de l’euro.

La sixième et dernière conséquence, la plus grave, serait que la France disparaîtrait définitivement du paysage géopolitique mondial pour se recroqueviller dans son petit réduit hexagonal.

En conclusion, la France a tout à gagner à rester dans la zone euro, mais elle a aussi  besoin que l’UE se réforme, c’est ce que nous verrons dans mon prochaine article.