La politique économique de l’Europe est incomplète, car seule la politique monétaire fonctionne alors que la politique budgétaire est encore à cons-truire

Quelques explications introductives sur ce que l’on appelle « politique économique d’un pays »

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Lorsqu’un navire traverse l’océan, il est en permanence piloté, même en période de calme plat et si un grave incendie se déclare, il doit disposer immédiatement des outils pour faire face à ce type de danger. Il en est de même pour l’économie d’un pays : lorsqu’une grave crise mondiale survient, comme en 2007/2008 suite au scandale des « subprimes », provoquant une profonde récession et un chômage massif dans le monde entier, un pays a besoin de réagir rapidement. Et c’est précisément la politique économique avec ses deux outils de base, la politique monétaire et la politique budgétaire qui doivent être utilisés ensemble pour combattre l’incendie. Dès la crise déclenchée, les États-Unis ont pu immédiatement  activer ces deux outils :

en matière de politique monétaire, la Banque centrale américaine (la FED) a baissé brutalement ses taux d’intérêt et alimenté généreusement en liquidités les banques et l’État américains

en matière de politique budgétaire, le Gouvernement et le Parlement n’ont pas hésité à demander au Trésor américain de creuser profondément le déficit budgétaire en dépensant plus et en s’endettant, y compris vis-à-vis de la FED.

L’Europe handicapée par l’absence de politique budgétaire commune

Il n’en a pas pu être de même pour l’Europe, car seule la Banque centrale européenne (BCE) était en mesure de faire face à la crise en conduisant une politique monétaire résolument expansionniste semblable à celle de la FED. Mais, en matière budgétaire, l’équivalent du Trésor américain n’existe pas, car les pays de la zone euro ont préféré garder chacun la maîtrise de leur budget. Ainsi, l’Europe économique était boiteuse et elle a mis plus de temps que les États-Unis à se remettre de la crise, car seule sa jambe monétaire était solide,  alors que sa deuxième jambe budgétaire était seulement en construction, comme on va le voir au point suivant.

Les deux principaux moyens prévus en Europe pour faire face à des crises budgétaires

1ermoyen : le Pacte de stabilité et de croissance (PSC)

Ce pacte, mis en place en 1997, prévoyait deux règles relatives aux finances publiques : le déficit public ne devait pas dépasser 3% du PIB et l’endettement public 60 %. Une procédure pour « déficit excessif » était prévue si le budget d’un pays s’éloignait de la barre des 3%. Ces règles qui ressemblaient à des principes de gestion « d’un bon père de famille » se révélèrent inadaptées lorsque la grande crise de 2007/2008 éclata, car celle-ci exigeait des mesures d’une amplitude exceptionnelle.

2èmemoyen : le Mécanisme européen de stabilité (MES)

Cet outil, mis en place en septembre 2012, est un dispositif d’entraide entre États lorsque l’un des pays européens est menacé. Il permet de prêter jusqu’à 700 milliards d’euros à des États ou à des banques en difficulté. Ce sont les ministres des finances des pays de l’euro qui décident à la majorité des 2/3 d’accorder une aide. C’est un pare-feu marquant un progrès par rapport au passé, mais cela reste une décision intergouvernementale,  et il y  a d’autres pas à faire pour aller vers une politique budgétaire commune.

Propositions pour avancer vers une politique budgétaire européenne

Je ne suis pas naïf au point de penser que la création d’un ministère européen de l’économie et des finances est pour demain, car au moins deux freins existent :

Le premier et le plus important est que la maîtrise du budget, des dépenses et de la fiscalité est une prérogative dont aucun gouvernement n’a envie d’être privé, car elle incarne le principe de souveraineté d’un État. Par exemple, on imagine mal comment, sous la pression des “gilets jaunes”, Emmanuel Macron aurait  dû attendre l’accord de l’autorité budgétaire européenne pour décider de dépenser 10 milliards d’euros supplémentaires…

Le deuxième tient à la manière dont chaque pays analyse les conséquences de confier à une autorité supérieure le soin de décider de l’usage d’un budget commun  pour aider un pays en difficulté. Nos amis allemands sur ce terrain ont de très fortes réticences, car ils estiment être de bons gestionnaires, à la différence de certains pays du sud, et ils ne veulent pas aider « les mauvais élèves ».

Malgré ces résistances qui ne vont pas disparaître par enchantement, il existe néanmoins des moyens pour progresser vers plus de coordination budgétaire :

Le premier moyen est chargé de sens car, pour la première fois, les 19 pays de la zone euro dont l’Allemagne ont accepté en décembre 2018 la création d’un budget de la zone euro, même si par rapport aux propositions de la France d’un budget égal à plusieurs points du PIB, les objectifs retenus ont été beaucoup moins ambitieux.

Le deuxième moyen concerne le recours à des financements européens extrabudgétaires, comme ce qui a été appelé le  « plan Juncker » lancé en 2015 sur 3 ans pour relancer les investissements en Europe qui avaient chuté considérablement après la crise. Ce plan a rassemblé 335 milliards d’euros mi-2018 et a profité à plus de 700 000 petites et moyennes entreprises. Il a été prorogé jusqu’en 2020 et l’objectif d’investissement a été porté à 500 milliards d’euros. La France a été le principal bénéficiaire en valeur absolue de ce plan d’investissement tourné vers les réseaux numériques, la dépollution industrielle, l’efficacité énergétique et la transition numérique. Le montant de ce plan aurait mérité d’être plus fortement accru, car les besoins d’investissement sont immenses et  les pays de la zone euro sont une des meilleures signatures que l’on peut trouver dans le monde.

Le troisième moyen est une manière de renouer avec l’esprit des fondateurs de l’Europe construite à partir de  deux dimensions complémentaires : la notion de marché, la plus développée, et celle de programmes communs comme la Politique agricole commune (la PAC), qui existe toujours ou le projet de Communauté européenne de défense (CED) abandonné à cause de la position de la France.  Aujourd’hui, le programme Erasmus, la recherche relative à la physique des particules avec le CERN, le spatial avec Arianespace dans les lanceurs, l’Agence spatiale européenne, le site de Kourou, et le programme  Galileo sont des projets européens qui fonctionnent et sont compétitifs au niveau mondial.

Qu’est-ce qui nous empêche de lancer de nouveaux programmes dans des secteurs porteurs d’avenir comme l’intelligence artificielle, où nous avons des ressources humaines et technologiques compétitives pour nous mesurer à des pays tels que les États-Unis ou la Chine ?

De plus, nous n’avons pas à attendre un accord des 19 pays de la zone euro ou des 27 pays de l’UE pour avancer. La France et l’Allemagne ont décidé de créer une filière européenne pour les batteries électriques où la Chine a une position dominante. C’est un bon exemple de ce qu’il faut faire : on commence à deux, puis « qui nous aime nous suive »…

2 réflexions au sujet de “La politique économique de l’Europe est incomplète, car seule la politique monétaire fonctionne alors que la politique budgétaire est encore à cons-truire”

  1. Bonjour Jean, merci pour ces informations claires d’un spécialiste ! On aimerait qu’elles soient lues de ceux et celles qui ne « veulent pas savoir » et ne veulent pas réfléchir….

    Nous avons un devoir de confiance pour l’avenir. On avance à petits pas, petit à petit l’oiseau fait son nid !

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  2. Très clair ton article, une politique budgétaire comme son nom le dit est une politique cad une volonté de réifier la mystique. Qui gouverne , qui propose et qui décide , selon quelles règles: majorité , unanimité ou règles des 2/3. Une fédéralisme assumé aurait aidé la Grèce avant sa destruction par la troïka . Le FMI l’a reconnu d’ailleurs, comme la Californie finance les états américains pauvres.
    Cet entre deux de l’Europe actuel ni fédéral ni états nations nous conduit à l’appauvrissement à moins que l’Allemagne ne sorte de l’Europe ou pour le moins la création d’ un euro Mark et un Euro du sud cf Stieglitz .
    Amitiés . Benoit.

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