L’élection de Joe Biden et le départ de Donald Trump sont-ils des évènements positifs pour la France et l’Europe ?

La plupart des décisions prises en quatre ans par Donald Trump ont eu pour conséquences d’aller contre les intérêts de l’Europe au travers de deux catégories de comportement :

  • La première catégorie concerne le détricotage systématique de ce que l’on appelle le multilatéralisme qui a pour but de produire des accords entre pays de tailles inégales sur les grands problèmes mondiaux comme la paix, la pauvreté, le climat ou la santé. 
  •  Sur le climat, Donald Trump avait quitté l’accord de Paris alors que les États-Unis qui émettent 15% des gaz à effet de serre mondiaux sont le 2ème pays pollueur après la Chine. Joe Biden a annoncé que les États-Unis réintègreraient l’accord de Paris au premier jour de sa présidence le 20 janvier. Il prévoit un plan d’investissement de 2 000 milliards de $ sur 4 ans dans les énergies vertes et les infrastructures et a l’intention d’intervenir pour que les autres pays soient plus ambitieux en matière d’objectifs climatiques.
  • Sur la santé, Trump, en pleine épidémie du Covid-19, a décidé le 8 juillet 2020 de quitter l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Joe Biden a annoncé que les États-Unis, qui sont le plus gros contributeur à cette organisation, réintègreront l’OMS.

Bien que la liste des agressions du Président américain sur le multilatéralisme soit longue, je ne m’y attarderai pas, considérant que les deux exemples du climat et de la santé sont suffisamment probants pour montrer que Donald Trump est un personnage funeste puisqu’il a mis en danger l’humanité tout entière par ses décisions.

  • La deuxième catégorie de comportement a trait aux agressions multiples s’exprimant au travers de paroles et d’actes hostiles vis-à-vis des pays d’Europe. L’Allemagne est la cible préférée de Donald Trump, car sa santé insolente lui est insupportable : l’excédent commercial de 67 Milliards de $ en 2019 et l’insuffisante participation de l’Allemagne au budget de l’OTAN a fait de l’Allemagne un quasi ennemi que Trump déclare considérer comme presque aussi menaçante que la Chine. Cela explique qu’il ait décidé le départ d’environ 10 000 militaires américains basés en Allemagne et menacé d’augmenter les taxes sur les importations européennes et en particulier sur les voitures de luxe allemandes. L’arrivée de Biden va changer radicalement ce type de relation conflictuelle, celui-ci s’est exprimé ainsi : « L’Amérique que j’envisage ne souhaite pas tourner le dos au monde ou à ses alliés – nos alliés les plus proches. En effet, le peuple américain comprend que ce n’est qu’en travaillant avec nos amis que nous pouvons maîtriser les forces d’un monde en rapide évolution … ». Ainsi, les européens seront de nouveau considérés comme des alliés et des amis et la défiance sera remplacée par un retour de la confiance.

Comme le « méchant » Trump » va être remplacé par le « bon » Biden, on pourrait être tenté de penser que les choses vont être simples maintenant pour l’Europe et la France. Pour imaginer comment les relations transatlantiques risquent de se développer dans le futur, je propose tout d’abord d’aller voir du côté des américains quelle sera leur politique intérieure et internationale probable et quels sont les souhaits de Joe Biden concernant les relations avec l’Europe et la France. Puis, dans un deuxième temps, j’examinerai comment la France et l’Europe devront se positionner par rapport aux États-Unis.

1er temps : La politique probable de Joe Biden et ses souhaits relatifs aux relations avec l’Europe et la France.

La politique intérieure sera la priorité immédiate de Joe Biden, car trois problèmes considérables l’attendent dès le premier jour de sa présidence : tout d’abord, le COVID-19 que Donald Trump a ignoré ostensiblement alors que les États-Unis sont le pays du monde ayant eu le plus de cas recensés (12 millions) et de décès (257 000 morts), avec une croissance actuelle rapide des contaminations. Ensuite, l’Amérique est coupée en deux camps qui ne se supportent plus et que Biden souhaite rapprocher, sinon réconcilier, comme il l’a expliqué le 8 novembre dans son premier discours après son élection : « Je m’engage à être un président qui ne cherche pas à diviser, mais à rassembler. Soyons cette nation que nous savons pouvoir être : une nation unie, une nation forte, une nation guérie ». Enfin, le troisième challenge consiste à s’attaquer aux faiblesses structurelles de l’économie américaine en lançant un grand programme appelé « Build, Back better » qui vise à rénover les infrastructures dégradées et à lutter contre la précarisation, la dégradation de la santé et la sous-éducation d’une partie de la population.

En matière de politique internationale, les États-Unis souhaitent reprendre leur place dans l’accord sur le nucléaire iranien. Sinon, il ne faut pas s’attendre à de grands changements concernant la priorité donnée à la zone indopacifique qui est la région du monde connaissant le développement économique le plus rapide et où surtout est présente la Chine, le seul pays du monde ayant l’ambition et des moyens pour contester le leadership américain. Cette focalisation sur la Chine n’est pas sans conséquence sur la relation avec l’Europe car, pour Biden, il s’agit de « construire un front uni avec les alliés et les partenaires des États-Unis pour affronter les comportements abusifs et les violations des droits de l’homme » commis par Pékin. (1) Et il enfonce le clou un peu plus fortement encore en déclarant que « les principes du multilatéralisme libéral, complétés, lorsque cela est absolument nécessaire, par l’armée américaine et la volonté de l’utiliser conduisent une masse critique de puissances mondiales à s’aligner sur les objectifs fondamentaux des États-Unis ». (1) On ne peut pas être plus clair : les pays européens, en tant qu’alliés et amis, doivent s’aligner sur la position américaine pour contenir la progression de la Chine. Quelle doit-être notre réaction ?

2ème temps : le positionnement à trouver par la France et l’Europe par rapport à l’arrivée de Joe Biden

Concernant les relations entre les deux partenaires transatlantiques, trois domaines méritent d’être évoqués dans la mesure où la négociation sera nécessaire pour trouver un bon accord.

Le premier concerne la Chine à propos de laquelle les États-Unis demandent à l’Europe un alignement total. Je vous laisse le soin d’interpréter la réponse donnée par Jean-Yves Le Drian et Heiko Maas, les deux ministres des affaires étrangères français et allemand : « Nous avons intérêt à faire front commun pour répondre à sa montée en puissance avec pragmatisme, tout en conservant les canaux de coopération qui nous sont nécessaires pour faire face, avec Pékin aux défis globaux que sont la pandémie de COVID-19 et le changement climatique ». (2)

Le deuxième domaine est relatif au rôle déjà assumé par l’Europe et la France pour gérer les conflits au Sahel, au Moyen Orient, en Méditerranée, au Proche Orient, dans le Golfe, aux Balkans, au Caucase etc. Bien que les États-Unis soient un État à vocation hégémonique, cela ne devrait pas leur poser de problèmes que l’Europe continue à s’occuper de ces nombreuses régions du monde, compte tenu de leur préoccupation majeure tournée vers l’Asie.

Le troisième domaine est le prolongement des avancées vers plus d’intégration politique et économique en Europe ayant eu lieu en 2020. En effet, face aux agressions de Donald Trump, Angela Merkel a changé de comportement et porté avec la France le plan de relance de 750 milliards d’euros. (3)  L’approfondissement de la souveraineté européenne doit rester une priorité pour s’affirmer dans un monde où la Chine et les États-Unis vont continuer à s’affronter. Je ne suis pas sûr que Joe Biden souhaite avoir à négocier avec une Europe plus forte et plus autonome, mais si celle-ci réussit à se renforcer, il se fera vite une raison.

(1) Le Monde des 25 et 26 octobre

(2) « Repenser le partenariat transatlantique » dans le Monde du 18/11/20

(3) Voir mon article précédent « L’Europe est de retour »  

1 réflexion au sujet de “L’élection de Joe Biden et le départ de Donald Trump sont-ils des évènements positifs pour la France et l’Europe ?”

  1. Bonjour Jean, merci pour cette intéressante synthèse. Pour autant que je puisse en juger, je suis d’accord avec tout ce que tu y exposes. Je me demande par ailleurs quelles sont les réelles capacités de la Vice-Présidente de faire face, si Biden devait abandonner son poste pour des raisons de santé par exemple.

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