Réforme des retraites et régimes très spéciaux

sncf-train-autonome-telecommandeComme les syndicats de la SNCF et de la RATP ont décidé de lancer le 5 décembre une grande grève contre le projet de réforme des retraites concernant l’ensemble des Français, il me semble intéressant d’aller enquêter sur la situation actuelle comparée des salariés de ces deux entreprises à celle des salariés travaillant dans le secteur privé et dans les organisations appartenant à l’économie sociale et solidaire (ESS).

Évoquons les problèmes économiques majeurs qui se posent à tous les Français.

  • L’emploi et le chômage

C’est à juste titre une des préoccupations principales des Français : au 3ème trimestre 2019, il y avait 3 364 500 personnes sans emploi et 2 166 100 personnes ayant une activité réduite, (temps partiel, petits boulots reconduits tous les mois, contrats précaires etc.), au total 5 530 600 personnes, ce qui est considérable. Perdre son emploi est un traumatisme accompagné de désocialisation, de stress, de troubles du sommeil, de consommation de psychotropes, d’alcool etc. Or le risque d’être licencié dans le privé ou l’ESS concerne aujourd’hui la majorité des salariés que ce soit dans les TPE, les PME et les grandes entreprises. A la RATP ou à la SNCF, on a l’assurance d’avoir un emploi à vie.

  • La pauvreté, les revenus, le niveau de vie et le pouvoir d’achat

Selon l’INSEE, il y avait 8,9 millions de pauvres1 en France en 2017, concernant 20 % des enfants et représentant 14 % des ménages français. La pauvreté engendre un sentiment de précarité particulièrement répandu chez les jeunes qui se demandent s’ils ont une chance d’avoir dans l’avenir une situation « acceptable ». Je ne me permettrai pas de rapprocher la situation et les revenus des agents de la SNCF et de la RATP avec la masse de ces personnes qui gagnent au mieux le SMIC, ou vivent principalement des transferts sociaux, mais il est possible de les comparer avec d’autres secteurs proches. Selon le rapport de la Cour des Comptes sur « La gestion des Relations Humaines du Groupe Public ferroviaire SNCF » de juin 2019, « les niveaux de rémunération sont dans la moyenne des autres secteurs ». D’autre part, il y a entre 2012 et 2017 des gains de pouvoir d’achat chaque année, les rémunérations moyennes des personnes en place (RMPP) étant toujours supérieures à 2% pour un taux d’inflation plus faible.

Enfin, la SNCF a mis en place un accord collectif appelé « Compte Épargne Temps » (CET) qui, selon le rapport déjà cité de la Cour des Comptes page 39 prévoit que « lors du départ en retraite d’un salarié, l’entreprise verse un surabondement de 50 % du compte fin d’activité (porté à 100 % pour les roulants) pouvant conduire à près de 2 ans de salaire sans activité si le compte fin d’activité est au maximum ».

  • Le budget des ménages

Dans le budget des ménages, on parle souvent de dépenses contraintes. Examinons certaines d’entre elles.

Les soins médicaux sont un poste important des dépenses chez les ménages, même si une partie est remboursée par la Sécurité Sociale et les Mutuelles ; à la SNCF, les soins sont gratuits aussi bien en médecine généraliste qu’en médecine spécialisée.

1 Selon l’INSEE, la pauvreté concerne en France tous les ménages dont le revenu est inférieur à 60 % du revenu médian, en 2017 le seuil de pauvreté était de 1 041 € par mois et le niveau de vie médian des personnes pauvres étant de 837 € par mois. 

Le poste « Transport » est également coûteux pour toutes les familles. A la SNCF, le salarié et le retraité voyagent gratuitement toute l’année avec 8 réservations gratuites. Les enfants et conjoints ont droit à 8 voyages gratuits et 90 % de réduction sur les voyages suivants. Les parents et les grands-parents de l’agent et de son conjoint bénéficient également de 4 voyages gratuits par an. Et le comble qui a mis en colère les conseillers de la Cour des Comptes, personnes d’habitude plutôt calmes et réfléchies, est que les agents de la SNCF sont prioritaires par rapport à vous et moi lorsqu’un train est complet (effet d’éviction).

Les dépenses de logement

La location de logement représente 14 % des dépenses de consommation des ménages en 2016. La SNCF dispose de logements en France qu’elle loue à un loyer attractif ; en Ile de France, elle attribue des aides aux nouveaux embauchés et propose des logements avec des loyers modérés.

  • Enfin les retraites

Le montant des retraites du privé est basé sur les 25 meilleures années de revenu, alors que celui de la SNCF l’est sur les 6 derniers mois. C’est un avantage considérable car les rémunérations à la SNCF étant essentiellement liées à l’ancienneté, elles ne font donc qu’augmenter jusqu’aux derniers mois, alors que, dans le privé, les parcours professionnels ont pu connaître des aléas comme le chômage ou la rétrogradation vers un poste moins rémunéré.

L’écart concernant l’âge de la retraite est également très important : dans le privé en France, l’âge légal de départ est fixé à 62 ans, l’âge moyen réel est de 63,4 ans et l’on sait bien qu’il ira en croissant ; dans les pays de l’OCDE, la moyenne est autour de 65 ans. A la SNCF, les conducteurs de train peuvent partir entre 50 et 52 ans, les autres agents entre 55 et 57 ans.

Enfin, il n’y a aucun risque pour le paiement des retraites à la SNCF parce que c’est l’État qui finance, alors que dans le privé, les deux institutions chargées des retraites, l’ARRCO pour tous les salariés et l’AGIRC pour les cadres sont gérées par le patronat et les syndicats qui, en cas de difficultés financières, peuvent décider d’augmenter les cotisations ou de désindexer les pensions.

En matière de retraite, il y donc bien 2 poids et 2 mesures.

En résumé, si on fait le bilan des avantages dont bénéficient les agents de la SNCF, on constate qu’il s’agit d’une catégorie de salariés jouissant de multiples privilèges dont la plupart n’ont d’autres explications que l’héritage du passé. Seuls des critères comme la pénibilité dans certains métiers justifient ces avantages. Il est donc temps que les régimes que j’ai qualifiés de « très spéciaux » disparaissent : en effet, « il s’agit d’un problème d’acceptabilité par le reste de la communauté nationale », comme le dit joliment la Cour des Comptes.

Je suis loin d’en avoir terminé avec la SNCF ou la RATP, car il s’agira d’aller voir comment ces organisations fonctionnent au service de leurs clients.

Quelques réflexions sur les résultats des élections européennes

P1030564Avec un taux de participation de plus de 50 % (contre 42 % en 2014), la mobilisation inattendue est une bonne nouvelle : elle montre que les Français et les Européens ont compris que le Parlement n’est pas un « machin » sans pouvoir, mais une institution où s’expriment les valeurs de la démocratie et où se traitent des questions essentielles pour les Français, comme la dégradation de la planète, la sécurité intérieure ou extérieure des pays, la protection sociale, l’immigration …

La progression des listes les plus en pointe en matière européenne (en France, la République en marche et le Modem ainsi que Europe Écologie les Verts) contribue à rebattre les cartes au niveau du Parlement européen : les deux grands blocs de droite et de gauche, le Parti populaire (PPE) et le Parti Social-démocrate (SPD) qui dominaient le Parlement depuis plus de 20 ans ne sont plus majoritaires et devront composer avec le bloc centriste-libéral fort de 108 sièges et les écologistes de 75 sièges.

Bien qu’ayant 177 députés sur 751, les partis anti-européens, souverainiste, eurosceptique et europhobe ont été incapables de s’allier entre eux comme le souhaitaient le Rassemblement national et la Ligue du Nord de Matteo Salvini qui, réunis dans le groupe « Identité et démocratie », n’ont que 73 sièges, ce qui est insuffisant pour exercer une réelle influence.

La montée notable du vote écologiste dans lequel on retrouve une majorité de jeunes est aussi une bonne nouvelle. En Allemagne, les écologistes (Grünen) prennent la 2èmeplace avec 20,7 % des voix devant le Parti social-démocrate et 34 % des jeunes de moins de 30 ans ont voté pour eux. Il en est de même en France où le parti écologiste (EELV) fait une percée notable avec 13,5 % des voix, grâce en particulier aux jeunes qui ont voté massivement pour lui (25 % des 18-24 ans et 28 % des 25-34 ans) pour en faire leur premier parti. Ce double résultat témoigne de la prise de conscience qu’il n’y a pas de problème plus important pour l’humanité que celui de la dégradation de la planète. Grâce au fait que les jeunes se sentent concernés, se mobilisent et s’emparent du sujet, les actions qu’ils engageront vont sans doute bousculer notre vieux monde encore attaché à ses modes de production et de consommation pollueurs et destructeurs de notre planète.

En résumé, ces élections ont montré que l’Europe est redevenue un enjeu majeur pour l’ensemble des partis politiques, y compris pour ceux qui visent à la détruire. Le Parlement européen s’est profondément transformé et est plus apte que le précédent à comprendre les changements du monde.

Le vent du changement va également souffler sur les autres instances dirigeantes de l’Europe qui vont être entièrement renouvelées dans les prochains mois. Il s’agit :

  • du (ou de la)Président(e) de la Commission qui va remplacer Jean Claude Juncker, car et qui négociera avec les Présidents Donald Trump ou Xi Jinping,
  • de (ou de la) Président(e) du Conseil européen qui succédera à Donald Tusk, dont la rude tâche consistera à mettre d’accord 26 dirigeants européens dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne sont pas tous sur la même longueur d’onde,
  • du (ou de la) Haut(e) représentant(e) pour la politique extérieure, poste assumé aujourd’hui par Fréderica Mogherini,
  • du (ou de la) Président(e) de la Banque centrale européenne (BCE) qui succédera à Mario Draghi, le sauveur de l’euro qui a stoppé en juillet 2012 les spéculations sur les dettes souveraines grâce à l’utilisation d’un outil non conventionnel, le Quantitative easing (QE), consistant à racheter des volumes de titres publics ou privés autant que nécessaire,
  • sans oublier le (ou la) Président(e) du Parlement européen, en remplacement d’Antonio Tajani.

Si les personnes les plus qualifiées sont retenues pour remplir ces cinq fonctions présidentielles, alors l’Europe sera en état de marche pour devenir un acteur mondial capable de traiter des sujets essentiels qu’un pays comme la France n’est plus capable de résoudre seul.

Les enjeux des élections européennes

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J’irai voter le 26 mai et je vous invite à faire de même, car votre vote influencera notre avenir puisque le Parlement européen aura son mot à dire sur la manière dont l’Europe défendra son modèle sociétal et fera face aux nouveaux enjeux mondiaux.

La défense de notre modèle sociétal

Que nous a apporté la construction européenne depuis sa création en 1951 ?

Tout d’abord, la paix qui dure depuis presque 70 ans après une deuxième guerre mondiale qui a été le conflit le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité avec plus de 60 millions de morts.

Ensuite, c’est un ensemble de valeurs et de règles que 28 pays et environ 500 millions de personnes se sont engagés à respecter, ce qui fait de l’Union européenne une zone géographique unique au monde : en effet, elle « est fondée sur les valeurs de respect de la dignité humaine, de liberté, de démocratie, d’égalité, de l’État de droit, ainsi quede respect des droits de l’homme, y compris des personnes appartenant à des minorités. Ces valeurs sont communes aux États membres dans une société caractérisée par le pluralisme, la non-discrimination, la tolérance, la justice, la solidarité et l’égalité entre les femmes et les hommes » (1).

Qui dit mieux, certainement pas la Chine qui, selon le rapport du Comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination raciale publié en août 2018, a placé un million de Kazakhs et de Ouïgours de religion musulmane dans des camps du Xinjiang, ou la Russie, pays d’essence antidémocratique, qui n’a pas hésité à rattacher la République de Crimée et la ville de Sébastopol à la Fédération de Russie, au mépris des règles du droit international.

Certains penseront peut-être que des valeurs comme les droits de l’homme ou la démocratie sont de beaux principes, mais encore faudrait-il  qu’ils se traduisent par des actes. Je leur répondrai en citant une des actions engagée par le Parlement européen en septembre 2018 à propos du non-respect de l’État de droit en Hongrie : le Parlement a  appelé l’Union européenne à agir en faisant une proposition adoptée par 448 voix pour (197 contre). Il estime qu’il existe un risque grave de violation des valeurs fondatrices de l’UE en Hongrie, que les principales préoccupations sont : indépendance de la justice, liberté d’expression, corruption, droit des minorités et situation des migrants et des réfugiés. Selon le rapporteur, Mme Judith Sargentini, « C’est désormais aux dirigeants européens de prendre leurs responsabilités et d’arrêter de regarder en spectateurs l’État de droit se faire détruire en Hongrie. C’est inacceptable pour une Union fondée sur la démocratie, l’État de droit et les droits fondamentaux ».

Comme vous pouvez le constater, le Parlement européen est une organisation utile et vivante qui peut dans le futur avoir encore plus de pouvoir et d’initiative.

Les initiatives à prendre face aux nouveaux enjeux

 L’Union européenne (UE) est aussi notre avenir, car nous sommes entrés dans un monde où la France, avec ses 66 millions d’habitants (soit 1% de la population mondiale) et son PIB de 2 775 milliards de dollars (soit 3,3% du PIB mondial) n’est qu’un poids mouche face aux États-Unis et à la Chine qui boxent dans la catégorie des poids lourds. L’UE, elle, fait partie du club des poids lourds avec un PIB très supérieur à celui de la Chine (22 % par rapport à 16 %) et une population de 512 millions d’habitants contre 327 pour les États-Unis. Grâce à sa taille, l’UE est en capacité de jouer un rôle majeur face aux nouveaux enjeux mondiaux parmi lesquels je vais en choisir quelques-uns parmi les plus importants.

Les négociations commerciales : la doctrine de l’UE et les réponses à donner aux agressions de Donald Trump

L’UE est la première puissance commerciale du monde et elle dispose d’un décideur unique, la Commission européenne. Cela a permis de définir une politique originale « d’ouverture commerciale avec des règles, en vue d’encadrer la mondialisation » selon Pascal Lamy.  La doctrine inspirant cette politique est unique au monde dans la mesure où elle se situe dans un cadre multilatéral, mais vise également des objectifs de soutien aux pays en voie de développement (PVD) et demande que les valeurs de l’UE comme les droits de l’homme, l’environnement, la protection des consommateurs, la sécurité soient pris en compte dans les accords commerciaux. Cette doctrine est à l’opposé de celle de Donald Trump où le bilatéral remplace le multilatéral, l’aide aux PVD n’est pas une préoccupation importante, et les valeurs sont mises au panier. Aujourd’hui, les négociations commerciales sont dans une phase de tensions extrêmes produites par Donald Trump qui taxe les importations en provenance de la Chine et menace l’Europe pour l’automobile. Heureusement, dans ce domaine, l’UE a une doctrine et des moyens de rétorsion, ce que ne pourrait pas faire la France si elle était seule.

La lutte contre le réchauffement climatique, les pollutions et la chute de la biodiversité

Sur ces sujets essentiels, l’UE est l’institution la mieux placée pour exercer un véritable leadership au niveau mondial, le seul compétiteur crédible dans ce domaine aurait été les États-Unis, sauf qu’ils ont changé de camp avec Donald Trump. Dans la foulée de la COP 21 et de l’accord de Paris, l’UE a montré qu’elle avait un savoir-faire irremplaçable pour conduire des négociations en matière environnementale. Ce savoir-faire pour traiter des sujets sociétaux comme l’environnement, le développement des pays du sud, la lutte contre la pauvreté, le secours aux victimes des catastrophes naturelles ou d’origine humaine est reconnu par la communauté mondiale comme faisant partie de l’ADN européen.

Les technologies, la recherche et l’innovation : les grands programmes européens

                                                                                                                                                                                                             L’UE a toujours eu depuis sa fondation un volet « programmes » à côté de la dimension « grand marché ». Pour faire face à la concurrence chinoise ou américaine dans les nouvelles technologies, l’UE dispose de plusieurs outils qu’elle peut utiliser si besoin est. Le premier consiste à lancer de nouveaux programmes, comme dans le passé, Erasmus, le CERN, Galileo, le spatial ou Airbus. Le projet récent de créer une filière européenne dans les batteries pour des véhicules électriques est un exemple de ce qu’il faut faire pour s’opposer à la Chine aujourd’hui en position dominante dans ce secteur alors que le coût des batteries représentera probablement dans le futur la moitié du prix d’une voiture. L’enjeu est colossal ! La Commission européenne pourra également s’opposer au rachat d’entreprises européennes détenant des savoirs technologiques pointus dans des secteurs stratégiques et ainsi empêcher la prise de contrôle par les Chinois de ces pépites technologiques.

La régulation des GAFAM

Les géants du Web, Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft ont des ressources financières considérables, leur capitalisation boursière étant équivalente au PIB de l’Allemagne. Ils disposent de milliards de données sur nos personnes qui peuvent être utilisées pour nous nuire. Enfin, ils ne payent que des impôts ridiculement bas, grâce à « l’optimisation fiscale ». Qui d’autre que la Commission européenne peut condamner Google (comme elle l’a fait en juillet 2018) à payer 4,34 milliards d’euros pour l’usage abusif du système d’exploitation Android ?

Alors, l’Europe, ne sert-elle à rien ou est-elle indispensable ?  A vous de choisir dimanche prochain.

  • Cf Article 2 du Titre I – Dispositions communes du Traité sur l’Union européenne

La politique économique de l’Europe est incomplète, car seule la politique monétaire fonctionne alors que la politique budgétaire est encore à cons-truire

Quelques explications introductives sur ce que l’on appelle « politique économique d’un pays »

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Lorsqu’un navire traverse l’océan, il est en permanence piloté, même en période de calme plat et si un grave incendie se déclare, il doit disposer immédiatement des outils pour faire face à ce type de danger. Il en est de même pour l’économie d’un pays : lorsqu’une grave crise mondiale survient, comme en 2007/2008 suite au scandale des « subprimes », provoquant une profonde récession et un chômage massif dans le monde entier, un pays a besoin de réagir rapidement. Et c’est précisément la politique économique avec ses deux outils de base, la politique monétaire et la politique budgétaire qui doivent être utilisés ensemble pour combattre l’incendie. Dès la crise déclenchée, les États-Unis ont pu immédiatement  activer ces deux outils :

en matière de politique monétaire, la Banque centrale américaine (la FED) a baissé brutalement ses taux d’intérêt et alimenté généreusement en liquidités les banques et l’État américains

en matière de politique budgétaire, le Gouvernement et le Parlement n’ont pas hésité à demander au Trésor américain de creuser profondément le déficit budgétaire en dépensant plus et en s’endettant, y compris vis-à-vis de la FED.

L’Europe handicapée par l’absence de politique budgétaire commune

Il n’en a pas pu être de même pour l’Europe, car seule la Banque centrale européenne (BCE) était en mesure de faire face à la crise en conduisant une politique monétaire résolument expansionniste semblable à celle de la FED. Mais, en matière budgétaire, l’équivalent du Trésor américain n’existe pas, car les pays de la zone euro ont préféré garder chacun la maîtrise de leur budget. Ainsi, l’Europe économique était boiteuse et elle a mis plus de temps que les États-Unis à se remettre de la crise, car seule sa jambe monétaire était solide,  alors que sa deuxième jambe budgétaire était seulement en construction, comme on va le voir au point suivant.

Les deux principaux moyens prévus en Europe pour faire face à des crises budgétaires

1ermoyen : le Pacte de stabilité et de croissance (PSC)

Ce pacte, mis en place en 1997, prévoyait deux règles relatives aux finances publiques : le déficit public ne devait pas dépasser 3% du PIB et l’endettement public 60 %. Une procédure pour « déficit excessif » était prévue si le budget d’un pays s’éloignait de la barre des 3%. Ces règles qui ressemblaient à des principes de gestion « d’un bon père de famille » se révélèrent inadaptées lorsque la grande crise de 2007/2008 éclata, car celle-ci exigeait des mesures d’une amplitude exceptionnelle.

2èmemoyen : le Mécanisme européen de stabilité (MES)

Cet outil, mis en place en septembre 2012, est un dispositif d’entraide entre États lorsque l’un des pays européens est menacé. Il permet de prêter jusqu’à 700 milliards d’euros à des États ou à des banques en difficulté. Ce sont les ministres des finances des pays de l’euro qui décident à la majorité des 2/3 d’accorder une aide. C’est un pare-feu marquant un progrès par rapport au passé, mais cela reste une décision intergouvernementale,  et il y  a d’autres pas à faire pour aller vers une politique budgétaire commune.

Propositions pour avancer vers une politique budgétaire européenne

Je ne suis pas naïf au point de penser que la création d’un ministère européen de l’économie et des finances est pour demain, car au moins deux freins existent :

Le premier et le plus important est que la maîtrise du budget, des dépenses et de la fiscalité est une prérogative dont aucun gouvernement n’a envie d’être privé, car elle incarne le principe de souveraineté d’un État. Par exemple, on imagine mal comment, sous la pression des “gilets jaunes”, Emmanuel Macron aurait  dû attendre l’accord de l’autorité budgétaire européenne pour décider de dépenser 10 milliards d’euros supplémentaires…

Le deuxième tient à la manière dont chaque pays analyse les conséquences de confier à une autorité supérieure le soin de décider de l’usage d’un budget commun  pour aider un pays en difficulté. Nos amis allemands sur ce terrain ont de très fortes réticences, car ils estiment être de bons gestionnaires, à la différence de certains pays du sud, et ils ne veulent pas aider « les mauvais élèves ».

Malgré ces résistances qui ne vont pas disparaître par enchantement, il existe néanmoins des moyens pour progresser vers plus de coordination budgétaire :

Le premier moyen est chargé de sens car, pour la première fois, les 19 pays de la zone euro dont l’Allemagne ont accepté en décembre 2018 la création d’un budget de la zone euro, même si par rapport aux propositions de la France d’un budget égal à plusieurs points du PIB, les objectifs retenus ont été beaucoup moins ambitieux.

Le deuxième moyen concerne le recours à des financements européens extrabudgétaires, comme ce qui a été appelé le  « plan Juncker » lancé en 2015 sur 3 ans pour relancer les investissements en Europe qui avaient chuté considérablement après la crise. Ce plan a rassemblé 335 milliards d’euros mi-2018 et a profité à plus de 700 000 petites et moyennes entreprises. Il a été prorogé jusqu’en 2020 et l’objectif d’investissement a été porté à 500 milliards d’euros. La France a été le principal bénéficiaire en valeur absolue de ce plan d’investissement tourné vers les réseaux numériques, la dépollution industrielle, l’efficacité énergétique et la transition numérique. Le montant de ce plan aurait mérité d’être plus fortement accru, car les besoins d’investissement sont immenses et  les pays de la zone euro sont une des meilleures signatures que l’on peut trouver dans le monde.

Le troisième moyen est une manière de renouer avec l’esprit des fondateurs de l’Europe construite à partir de  deux dimensions complémentaires : la notion de marché, la plus développée, et celle de programmes communs comme la Politique agricole commune (la PAC), qui existe toujours ou le projet de Communauté européenne de défense (CED) abandonné à cause de la position de la France.  Aujourd’hui, le programme Erasmus, la recherche relative à la physique des particules avec le CERN, le spatial avec Arianespace dans les lanceurs, l’Agence spatiale européenne, le site de Kourou, et le programme  Galileo sont des projets européens qui fonctionnent et sont compétitifs au niveau mondial.

Qu’est-ce qui nous empêche de lancer de nouveaux programmes dans des secteurs porteurs d’avenir comme l’intelligence artificielle, où nous avons des ressources humaines et technologiques compétitives pour nous mesurer à des pays tels que les États-Unis ou la Chine ?

De plus, nous n’avons pas à attendre un accord des 19 pays de la zone euro ou des 27 pays de l’UE pour avancer. La France et l’Allemagne ont décidé de créer une filière européenne pour les batteries électriques où la Chine a une position dominante. C’est un bon exemple de ce qu’il faut faire : on commence à deux, puis « qui nous aime nous suive »…

Réponses à des mails reçus suite à mon article d’hier sur la sortie de la France de l’Europe

Certains parmi vous se sont exprimés pour réagir à mes articles et je les remercie d’avoir ainsi animé mon blog. Mais, jusqu’à présent, vous étiez globalement d’accord avec mes propositions. Suite à mon article d’hier sur l’hypothèse d’une sortie de la France de l’Europe et en particulier de la zone euro, j’ai reçu deux mails particulièrement intéressants dans la mesure où les opinions exprimées n’étaient pas les mêmes que les miennes et insistaient sur les problèmes rencontrés par la France depuis la création de l’euro le 1erjanvier 2002.

J’ai retenu dans ces réactions 2 thèmes, l’un plus anecdotique, l’autre plus de fond.

Le 1erthèmeconcerne la sortie d’une étude publiée le 28 février 19 par le Centre de politique européenne installé à Fribourg : le titre de l’étude a de quoi allécher les eurosceptiques français : « Vingt ans de l’euro : perdants et gagnants, une étude empirique ». En effet, parmi les gagnants, on trouve les Allemands dont le PIB par habitant aurait augmenté de  23 000 €, les Hollandais 21 000 €, alors que le PIB par tête des Français aurait baissé de  56 000 € et celui des Italiens de 73 000 €. Bigre, un écart de 79 000 € avec les Allemands, cela permet de faire le buzz.

Reste à savoir si l’étude est sérieuse, ce dont je doute, car les méthodes utilisées sont contestables ; pour ma démonstration, je m’appuie en particulier sur les explications données par Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) sur France Culture.

La critique principale porte sur la méthode  utilisée des « groupes témoins » où le PIB de chaque pays de la zone euro est comparé à celui de pays choisis hors zone euro :  par exemple, le PIB  de la France a été comparé à 55 % de celui de l’Australie et à 45 % de celui du Royaume Uni, ce qui est pour le moins curieux lorsque l’on sait que l’économie australienne n’a rien à voir avec celle de la France puisque c’est un pays rentier disposant d’énormes réserves minières qu’elle vend en particulier à la Chine. Le PIB de l’Allemagne, quant à lui,  est une salade originale puisqu’on y trouve en particulier 28 % du Bahreïn, les bras m’en tombent,  et ouf, il y a tout de même 36 % du Japon, 26 % du Royaume Uni et 9 ,7 % de  la Suisse. Quant à la Grèce, elle fait partie des gagnants de l’euro alors que, comme le dit Mathieu Plane, c’est le pays qui a « le plus souffert de la crise de 2008 » et qui a le taux de chômage le plus élevé de la zone euro. Il est vrai que pour les chercheurs du Centre de politique européenne, 44 % du PIB de la Grèce correspond à celui de la Barbade, le portrait craché de nos voisins Héllènes.

Je partage également le jugement de Mathieu Plane sur le fait que cette étude statistique ne prend en compte qu’une variable explicative de l’évolution du PIB, le passage à l’euro, alors que « les interactions sont beaucoup plus complexes que ça en économie » et qu’il faut « regarder toutes les interférences qu’il peut y avoir entre l’évolution des prix relatifs, la compétitivité, les taux d’intérêts des dettes publiques, le taux de change de l’euro ».

Pour terminer sur une note d’humour, ces chercheurs allemands sont-ils des mauvais élèves en histoire en ignorant qu’il n’y a pas 20 ans que l’euro existe, mais 17 ans, ou ce qui est un comble pour des statisticiens, sont-ils faibles en calcul mental ?

2èmethème : mes interlocuteurs m’ont fait remarquer qu’en entrant dans l’euro, la France s’était privée de l’usage de la dévaluation, ce qui est effectivement la réalité.

La question est de savoir si en restant en dehors de l’euro et en dévaluant, les gouvernements français auraient été plus capables d’améliorer la compétitivité de notre pays et de nos entreprises qu’avec la zone euro. J’en doute, car la dévaluation est une pratique qui engendre plutôt du laxisme que du sérieux, et la France avait besoin de sérieux. Cela n’a pas été le cas, comme je l’ai expliqué dans mon livre publié chez l’Harmattan en 2016 « Réformer la France, mission impossible ? ». Les gouvernements depuis le Président Mitterand jusqu’à François Hollande n’ont jamais eu le courage de faire les réformes nécessaires, en particulier celles des administrations, pour que la France ait une économie moderne et compétitive. De ce fait, elle n’a pas pu développer ses exportations comme il aurait fallu, car elle est restée la plupart du temps dans des produits de bas ou de moyenne gamme pour lesquels elle a été de plus en plus concurrencée par les PVD.

Le problème de la France n’est pas d’être entrée dans la zone euro, mais de ne pas avoir fait les efforts nécessaires pour améliorer la productivité et la compétitivité des entreprises. C’est en montant en gamme que, comme les Allemands, nous aurions pu accéder à des marchés où l’avance technologique aurait primé sur les questions de prix.

Rien n’est perdu, mais il y a urgence.

La France doit-elle sortir de l’Europe économique et monétaire ?

5èmefeuillet de mon album photo : la France doit-elle sortir de l’Europe économique et monétaire ?

_1020507Au cours des quatre derniers articles, j’espère vous avoir convaincus que l’Union Européenne est l’organisation la plus pertinente pour traiter des sujets aussi fondamentaux que la sécurité extérieure ou intérieure de la France, le réchauffement climatique et la chute de la biodiversité. Mais, en est-il de même pour les domaines de l’économie et de la monnaie ? Ma réponse se fera en deux temps car, en matière économique, la question est de savoir s’il faut sortir de l’Union Européenne (UE), qui comprend 28 et bientôt 27 pays, alors qu’en matière monétaire c’est la zone euro, avec 19 pays, qui est concernée.

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La France peut-elle lutter seule contre les pollutions et la chute drastique de la biodiversité sur son territoire ?

4èmefeuillet de mon album photo

Le nuage de Tchernobyl peut-il s’arrêter de nouveau à la frontière franco-allemande ?

Pour les jeunes générations rappelons que, le 26 avril 1986, le cœur d’un réacteur nucléaire explose à Tchernobyl en Ukraine et un grand nuage de radioactivité se répand en Europe de l’Ouest en contaminant l’atmosphère, l’eau et le sol. Heureusement pour les Français, leur gouvernement et les médias les ont rassurés en leur ont expliquant que « le nuage s’était arrêté à la frontière ». En matière de fake news, on a fait fort à l’époque. Aujourd’hui, peut-on croire encore à ce genre de sornettes ? Lire la suite « La France peut-elle lutter seule contre les pollutions et la chute drastique de la biodiversité sur son territoire ? »

La France peut-elle lutter seule contre le réchauffement climatique de son territoire ?

3ème feuillet de mon album photo

S’il y a un thème plus important que celui de la sécurité traité dans les articles précédents, c’est à l’évidence celui de la dégradation accélérée de la planète, car il s’agit tout simplement de la survie de l’humanité. Cette dernière est gravement menacée par le réchauffement climatique et les pollutions qui engendrent une chute drastique de la biodiversité. Dans cet article, je vais me contenter de traiter du premier sujet, tout en remarquant que ces phénomènes ne doivent rien au hasard, puisque c’est l’homme qui est responsable de ces deux calamités.

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2ème feuillet de mon album : la France peut-elle seule assurer sa sécurité ?

Pour faire face aux dangers représentés par Daech, Al-Qaïda et les mouvements islamistes extrémistes, la France a-t-elle besoin de l’Europe ?

Pour répondre à cette question, j’ai choisi deux situations, l’une où la France est menacée par des risques d’attentats  à l’intérieur de ses frontières,  l’autre où elle intervient hors de ses frontières pour combattre les mouvements islamistes.

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La France peut-elle, seule, assurer sa sécurité ?

Dans mon article précédent, je vous ai invités à aller voter le 26 mai parce que le Parlement européen prend des décisions qui aident à résoudre les problèmes des Français sans que, la plupart du temps, ils le sachent. C’est pourquoi, je vous propose de m’accompagner dans un voyage où nous allons visiter l’Europe en photographiant non pas les grandes capitales comme le font les touristes, mais les grands thèmes qui sont au cœur de nos préoccupations. Ainsi, à la fin de  ce tour d’horizon, nous obtiendrons un album de photos rassemblées dans quelques feuillets nous permettant de mesurer la contribution de l’Europe à la résolution des difficultés que nous rencontrons. Quant aux esprits pas encore convaincus, nous leurs présenterons un album composé des négatifs des photos (1) afin qu’ils prennent conscience de l’état de la France en cas de Frexit.

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