Les trois actions prioritaires à mener pour sortir de la crise sanitaire et économique, d’abord vacciner en masse, puis faire une relance plus forte que celle prévue dans le plan initial et augmenter la dette publique pour financer cette relance

Je souhaite vous convaincre que ces trois propositions d’action n’ont rien d’utopiques et peuvent être menées à bien dans la France d’aujourd’hui. Il faut simplement les faire dans le bon ordre et commencer par vacciner un nombre suffisant de français.

Doctor wearing protective visor and surgical gloves injecting COVID-19 vaccine into patient’s arm
  1.  Première priorité : vacciner en masse la population française

On sait depuis longtemps comment lutter efficacement contre les virus : par exemple, pour la variole et la rougeole, il faut atteindre un taux de vaccination égal à 95 % pour que les 5 % restant soient protégés. Pour l’hépatite B, 50 % suffisent. Pour la grippe annuelle, la préconisation de l’OMS est d’avoir 75 % de vaccinés chez les personnels de santé, les personnes âgées de plus de 65 ans et les plus fragiles.

Pour la pandémie de Covid 19, il est trop tôt pour savoir quel sera le taux de vaccination optimal, car on ignore encore quels seront les vaccins finalement utilisés ou quelle sera leur efficacité pour traiter les variants. Mais, selon Arnaud Fontanet, directeur du département de santé globale de l’Institut Pasteur, « Il faudrait plus de 50 % de personnes immunisées par vaccination ou par infection naturelle pour que le virus arrête de circuler de façon épidémique » (1). Ainsi, plus vite on aura dépassé le seuil des 50 %, plus vite le Covid reculera, et finira par disparaître.

Il n’y a pas d’autre solution, même si une multitude de vaccinosceptiques et de complotistes s’acharnent à nous expliquer que la vaccination a des conséquences sur notre santé bien pires que la pandémie. J’ai rencontré autour de moi ce type de personnage et j‘ai été attristé par leur discours mensonger tenu également par des spécialistes de la santé où seul le faux a droit de cité. 

  • Deuxième priorité : le redémarrage d’une économie arrêtée exige une relance plus forte que celle prévue dans le plan de relance
  • Ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui : le chômage partiel et le plan de relance
  • Le chômage partiel

Cette mesure consiste à prévoir que si une entreprise est en activité réduite, le salarié n’est pas licencié et touche 70 % de son salaire brut. L’entreprise perçoit une indemnité de l’État en compensation. Cette décision a été très pertinente, car elle a permis de garder un maximum de salariés disponibles pour reprendre leur travail dans une situation de sécurité à la fois financière et psychologique. Il y a eu jusqu’à 8,6 millions de personnes en chômage partiel au mois d’avril 2020, soit le tiers des salariés, ce qui était considérable. 

  • Le plan de relance de 100 milliards d’euros décidé en septembre 2020

Ce plan avait pour principal mérite de s’inscrire dans le long terme, en particulier avec l’amélioration de la compétitivité des entreprises et la mise en œuvre d’un plan de transition écologique. La pertinence de ce plan demeure et il faut le mettre en œuvre, car le long terme reste une priorité, mais la dégradation actuelle de la situation sanitaire exige d’être beaucoup plus ambitieux en matière de dépenses de relance.

  • Ce qu’il va falloir faire, un plan de relance d’une taille très supérieure à 100 milliards d’€

Deux raisons justifient d’augmenter le plan initial de plusieurs dizaines de milliards d’euros :

  • Première raison : la situation sanitaire va rester dégradée plus longtemps que prévu et il faut donc prévoir plus d’aides spécifiques pour des catégories de personnes particulièrement touchées par l’arrêt des activités économiques. 

Depuis mars 2020 jusqu’à aujourd’hui et encore pendant quelques mois, nous serons dans une situation de très grande instabilité avec des périodes de tension extrême puis de calme pandémique, engendrées par l’alternance des confinements, des déconfinements et des couvre-feu. La vie est très dure pour beaucoup de nos concitoyens privés de leur famille, de leurs amis, de leur travail, de leurs ressources financières, de leurs loisirs, se retrouvant seuls, appauvris, stressés et sans espoir immédiat de remonter la pente.

C’est le cas par exemple du monde étudiant comme le montre une enquête intitulée « Crise sanitaire : la précarité des étudiants augmente » (2) dont j’ai extrait quelques phrases : « Un tiers des étudiants déclare avoir rencontré des difficultés financières et parmi eux, la moitié les considère comme plus importantes que d’habitude. La cause principale est l’annulation des jobs étudiant, 6 étudiants sur 10 ont arrêté, réduit ou changé leur activité rémunérée ». « Ce sont principalement les dépenses d’ordre alimentaire qui ont posé problème aux étudiants concernés ».     « La précarité touche plus sévèrement les filles » parce qu’elles sont plus nombreuses à être boursières et avoir arrêté leur activité rémunérée. Enfin, près de la moitié des jeunes ayant des problèmes matériels ont présenté le signe d’une détresse psychologique contre 24 % des étudiants sans souci d’argent ».

  • Deuxième raison :  la France est en retard dans un certain nombre de domaines majeurs conditionnant notre futur, il faut donc investir immédiatement pour être prêts à rebondir après la pandémie

Le diagnostic sur les faiblesses de notre économie est fait depuis longtemps et la pandémie en a révélé d’autres. Dans une longue liste, je choisirai quelques secteurs où beaucoup reste à faire :

Le secteur de la santé dont nous avons pu mesurer l’état d’impréparation lorsque la pandémie a démarré.

Le secteur de la recherche et du développement dont le poids économique dans le PIB en 2017 (2,2 %) est nettement inférieur à celui du Japon (3,26 %), de l’Allemagne (3,02 %), de la Suède (3,4 %), des États-Unis (2,84 %), la Chine nous ayant déjà rattrapés.

Le secteur de l’éducation où les performances des élèves en mathématiques et en français en primaire et au collège continuent de chuter comme le montre l’enquête « Cycle des évaluations disciplinaires réalisés sur échantillon (CEDRE). « La proportion d’élèves en difficulté en mathématiques continue d’augmenter pour atteindre près d’un élève sur quatre en fin de collège. En CM2, le groupe des élèves les plus faibles comprend une majorité d’élèves (54,4% en 2019 contre 42,4% en 2014 » (3).

Le secteur des nouvelles mobilités où les besoins de nouvelles infrastructures et des moyens de transport nécessiteront des investissements massifs.

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Dans tous ces secteurs, des investissements supplémentaires de plusieurs dizaines de milliards d’euros sont à programmer dans les années qui viennent. Ils sont indispensables pour soutenir le développement des activités du secteur privé et donneront immédiatement du travail aux nombreuses personnes actuellement sans emploi.

Toutes ces dépenses d’aides à court terme et d’investissements à long terme exigeront des ressources financières nouvelles qui ne sont pas prises en compte dans le budget 2021 alors que la loi de finances prévoit des emprunts de 260 milliards d’euros, avec un déficit public de 8,5 % du PIB et une dette publique de 122,4 % du PIB. Or, rappelons que       les règles de gestion qui avaient été adoptées par l’Europe dans le traité de Maastricht en 1992 étaient que le déficit public d’un pays ne devait pas dépasser 3 % du PIB et la dette publique 60 % de ce même PIB. Ce grand écart entre les règles et les réalités est-il gérable ?                              

  • Le respect des deux normes de bonne gestion en cette période de pandémie aurait été une erreur impardonnable

J’avais montré dans mon livre (4) que, lors de la crise de 2007-2008, le respect de ces deux règles de « gestion d’un bon père de famille » avaient été catastrophique, car il avait conduit à mettre en place des plans de rigueur dans les pays d’Europe qui avaient prolongé la crise alors qu‘il aurait fallu au contraire faire comme les États-Unis qui s’étaient relevés beaucoup plus vite en pratiquant des politiques budgétaire et monétaire expansionnistes. Heureusement, cette erreur n’a pas été répétée, en particulier parce que l’Allemagne qui avait été la grande prêtresse de l’équilibre budgétaire a enfin compris que lorsqu’il y a le feu dans la maison, il vaut mieux appeler les pompiers plutôt que se contenter d’éteindre la chaudière (5).

Peut-être certains parmi vous me feront-ils remarquer que mon propos est séduisant, mais qu’il est malheureusement complétement irréaliste puisque la France s’endette déjà énormément et que l’on ne peut pas surcharger encore plus la bête. Ma réponse figure dans le paragraphe suivant.

  1. Troisième priorité : la France a aujourd’hui des capacités d’endettement permettant de faire ces investissements supplémentaires

Le problème de la dette est simple à formuler : la France a besoin d’argent et elle doit trouver des personnes et des organismes lui faisant confiance. Sur quoi repose la confiance ? sur le fait que le pays pourra rembourser sa dette et payer chaque année les intérêts. Or la France n’a aucun problème pour rembourser sa dette puisqu’elle peut se financer en permanence en vendant des obligations sur les marchés que nous pouvons d’ailleurs nous-mêmes acheter par l’intermédiaire de nos banques. La France a une des meilleures signatures du monde parce qu’elle appartient à la zone euro et que la Banque Centrale Européenne (BCE) est susceptible d’acheter autant de titres français qu’elle veut sur le marché secondaire où les titres déjà émis sont échangés. Elle détient d’ailleurs les trois quart des titres émis par la France en 2020. Un des meilleurs signes de la confiance accordée à la France se retrouve dans les taux d’intérêt pratiqués : le 4 février, les obligations à 10 ans émises par le Trésor français ont été vendues au taux d’intérêt négatif de – 0,25%, ce qui signifie que les prêteurs, pendant 10 ans, non seulement ne toucheront pas un centime d’intérêt, mais ils sont même d’accord pour payer un intérêt de 0,25%. Ainsi, plus l’État français s’endette, plus il gagne de l’argent, ce qui est tout de même paradoxal, mais les liquidités sont considérables dans le monde et les placements en titres de la zone euro sont les plus sûrs du monde avec ceux libellés en dollars. 

Pour l’instant, tout va bien dans le royaume de France en matière de dette, mais y-a-t-il des risques ou des problèmes pour le futur ?

Le risque principal concerne les intérêts à payer  

En matière de dette publique, c’est le coût de la dette (ce que l’on appelle le service de la dette) qui est important plus que son montant. Or, ce coût est actuellement proche de 0%. Il ne le sera pas toujours. Les économistes sont d’accord pour estimer que la remontée des taux d’intérêt n’est pas pour demain, mais dans quelques années, si l’activité redevient forte, des risques inflationnistes pourront apparaître entraînant à terme des hausses des taux décidées par la BCE. Mais, le problème actuel n’est pas là, il s’agit de relancer la machine en investissant dans des infrastructures indispensables.

L’autre problème est le remboursement de la dette

C’est un sujet sur lequel s’écharpent nos politiques et même les économistes. Abordons tout de suite le sujet qui fâche : l’annulation de la dette. Ne pas rembourser la dette, c’est envoyer un très mauvais signal aux prêteurs qui n’auront plus confiance dans notre signature. Ils exigeront des taux d’intérêt plus élevés, hypothèse que MM. Mélenchon et Montebourg n’ont apparemment pas envisagée ou feint d’ignorer.

La dette doit donc être gérée et réduite quand cela est possible : il n’y a que trois moyens pour le faire : le premier est l’inflation, mais celle-ci ne se décrète pas. Le deuxième est la hausse des impôts, mais celle-ci n’est pas opportune dans cette période dépressive, sauf si elle touchait seulement les catégories les plus aisées et les entreprises ayant de gros profits tirés d’une rente. Le troisième – la meilleure solution – c’est la croissance, et on a vu que celle-ci pouvait être activée dès 2021 puisque l’on connaît les secteurs à privilégier et que l’on sait que la France peut s’endetter beaucoup plus que prévu sans conséquence sur la qualité de sa signature (6). Alors pourquoi hésiter ?

  • Arnaud Fontanet « Pas de vie normale sans vaccination massive » dans Polytechnique insights
  •  « Crise sanitaire : la précarité des étudiants augmente » dans « l‘Étudiant » publié le 23 novembre 2020
  • « En maths, les élèves français continuent à décrocher » journal Libération 1er octobre 2020
  • « Réformer la France : mission impossible ? » édit L’Harmattan décembre 2016
  •  Dans l’article 26 de ce blog, intitulé « L’Europe est de retour », je décris le virage à 180 degrés de Mme Merkel
  • Réformer les administrations publiques aurait permis d’avoir un taux de croissance potentielle très supérieur de l’économie française, mais il aurait fallu la faire en début de mandat.

« Au centre de la difficulté se trouve l’opportunité »

En ce moment où les mauvaises nouvelles ne cessent de tomber, cette citation d’Albert Einstein illustre un autre versant de la réalité française qui, lui, est porteur d’espoir.

surgery-1822458_960_720Le confinement en nous frappant tous contribue à resserrer nos liens avec les autres dans le sens d’une plus grande solidarité. C’est un résultat positif important, mais j’ai en tête d’autres phénomènes à analyser qui peuvent changer notre vie durablement. Notre société et notre économie sont soumises à un cyclone d’une violence extrême révélant des dysfonctionnements et des rigidités qui sont en train de s’affaiblir. En quelques semaines, le COVID-19 a fait bouger la France dans des proportions inimaginables en temps normal.

J’ai choisi dans cet article d’évoquer le secteur de la santé. Faisons d’abord un constat sur ce qui vient de se passer, puis nous évoquerons les actions à mener.

1° Deux enseignements à tirer de la pandémie

  • Le premier enseignement est que la France n’était pas suffisamment préparée à affronter une pandémie d’une telle envergure. Au fur et à mesure que le nombre de cas confirmés et de cas graves en réanimation est monté en flèche, on s’est aperçu qu’il manquait des masques chirurgicaux et de protection FFP, des respirateurs artificiels, des outils pour faire des tests, et des consommables comme les solutions hydro-alcooliques etc. De même, les hôpitaux et en particulier les services de réanimation ont été rapidement surchargés et ne disposaient pas d’un nombre de lits suffisant. On a découvert alors que la France dépendait de la Chine pour une grande partie de ses approvisionnements. 80 % des principes actifs pharmaceutiques sont fabriqués dans ce pays et en Inde et le manque de masques a été comblé par des importations massives en provenance de Chine. Une prise de conscience salutaire de notre dépendance a eu lieu. On verra ci-dessous quelles leçons il faut en tirer.
  • Le deuxième enseignement est que notre système de santé a réagi en se mobilisant immédiatement d’une manière exceptionnelle. Ses trois composantes principales, les hôpitaux publics, les cliniques privées et la médecine de ville se sont mises en état de marche en coopérant étroitement entre elles : par exemple les cliniques ont soulagé les hôpitaux en prenant chez elles des malades, et les médecins de ville ont évité le recours à des services d’urgence des hôpitaux pour des maladies bénignes. Une complémentarité des trois acteurs s’est instaurée sous la pression des évènements. Les Français ont découvert que le monde des soignants était capable de faire des miracles pour sauver nos vies en prenant des risques parfois insensés et en allant jusqu’aux limites de leur capacités physiques. Ils les applaudissent tous les soirs et ils s’en souviendront.

Les deux types d’action à lancer

  • La première action à lancer consiste à tirer les leçons de la pandémie en promouvant la santé comme une priorité nationale au même titre que la sécurité intérieure et extérieure ou la justice. Elle mérite de faire partie des fonctions régaliennes que l’État devra dorénavant prendre en charge puisqu’elle répond à une utilité collective fondamentale. Les conséquences de ce changement de statut du domaine de la santé doivent être aussi tirées dans la manière dont les personnels soignants seront traités dorénavant. Une revalorisation tant sociétale que financière est à prévoir pour que les postes non pourvus redeviennent attractifs. La recherche tant fondamentale qu’appliquée devra également être renforcée pour demeurer dans le peloton de tête mondial.
  • La deuxième action à lancer concerne la reconquête de la maîtrise sur les segments de ce que les économistes appellent la « chaîne des valeurs ». Il s’agit en particulier de redévelopper notre industrie et celle de l’Europe pour qu’elle puisse remplacer à terme les importations en provenance de la Chine. C’est un objectif tout à fait réalisable si le gouvernement le veut : des financements publics seront nécessaires, ainsi que des réglementations comme par exemple une clause de préférence nationale pour des achats de médicaments et d’autres produits « stratégiques ». Elie Cohen propose aussi de traiter le domaine de la santé comme celui de l’énergie avec une capacité de production disponible toujours supérieure à la consommation de sorte que si une crise survient, le stock disponible peut immédiatement être mobilisé avant que l’on relance la production.

En conclusion de cet article, le COVID-19 n’est pas seulement une catastrophe, il doit être aussi une opportunité : ce n’est pas rien d’avoir un système de santé réformé et performant avec des personnels bien dans leur tête à l’écoute des besoins des français et une industrie de la santé en croissance qui recrée des emplois dans notre pays.