Des raisons de se réjouir : le Green Deal européen (1)

Dans mon article n°18 publié le 24 juin, je m’étais réjoui des changements intervenus au Parlement européen, et j’annonçais que « le vent du changement allait également souffler sur les autres instances dirigeantes ». J’écrivais aussi que « si les personnes les plus qualifiées sont retenues pour remplir les cinq fonctions présidentielles, alors l’Europe sera en état de marche pour devenir un acteur mondial capable de traiter des sujets essentiels ».

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Et bien, nous y sommes, les cinq président(e)s ont été désigné(e)s, dont la Présidente de la Commission européenne, Mme Ursula von der Leyen qui vient de nous offrir un magnifique cadeau dans cette période de Noël. Dans un article du journal « Le Monde » daté du jeudi 12 décembre, elle propose le green deal européen pour ralentir le réchauffement de la planète, qui présente « un ensemble de mesures destinées à faire de l’Europe, d’ici à 2050, le premier continent neutre sur le plan climatique, tout en assurant une croissance inclusive ».

  • Les enjeux de cette initiative

Dans le climat d’inquiétude qui règne aussi bien dans notre pays que dans une grande partie de la communauté internationale, c’est une très bonne nouvelle. En effet, l’Europe était en panne de grands projets susceptibles de mobiliser l’ensemble de sa population. La proposition de la Présidente de la Commission tombe à pic pour relancer la flamme européenne : elle s’empare du sujet le plus crucial pour l’humanité puisqu’il s’agit de sa survie. Elle place l’Europe en position de leadership au niveau mondial puisque ni la Chine, ni les États-Unis pour une raison évidente, ne sont prêts à porter un tel projet. L’Europe, au contraire, a de nombreux atouts en mains : elle présente les meilleures performances du monde en matière écologique, sa population a un degré élevé de conscience du problème, et son expertise est reconnue mondialement. De plus, comme elle représente encore pour beaucoup de pays un certain nombre de valeurs universelles, comme les droits de l’homme, la démocratie, la paix, la liberté et l’équité, on attend beaucoup d’elle sur le terrain de l’écologie.

2 ) Une proposition ambitieuse et systémique

Les ambitions climatiques sont revues à la hausse : pour 2030, les émissions de carbone devront être réduites de 50 à 55 % au lieu de l’objectif actuel de 40 %. En 2050, le continent européen sera neutre, les émissions de gaz à effet de serre produites par l’homme étant entièrement compensées par le retrait de l’atmosphère du même volume de gaz d’origine humaine.

1 000 milliards d’euros d’investissements sont prévus sur la prochaine décennie, Frans Timmermans, le vice-président de la Commission, chargé du « pacte vert », pense « qu’il faudra des investissements de 260 à 300 milliards d’euros par an – publics et surtout privés – pour arriver à la neutralité carbone en 2050 ».

Un fonds de « juste transition » de 100 milliards d’euros est prévu de 2021 à 2027 pour aider les régions dont l’économie est fortement dépendante du carbone.

Au-delà de ces chiffres, le green deal est aussi une révolution systémique dans la mesure où il guidera la politique de la Commission au travers de tous les règlements et lois concernant la politique énergétique, l’industrie, les sols, l’eau, la construction, le commerce, la recherche, les transports, la fiscalité, l’alimentation, l’agriculture et les infrastructures. Ainsi, par exemple, la Politique Agricole Commune (PAC) sera revue pour tenir compte des objectifs verts. De même, en matière de transport, de nouvelles normes pour les voitures seront définies, un million de points de recharge des batteries seront installés, des investissements dans le ferroviaire auront lieu pour que l’on puisse traverser l’Europe en train et les émissions des transports maritime et aérien seront encadrées.

En mars 2020, la première loi sur le climat sera proposée et servira de cadre et de fil conducteur pour les entreprises « qui ont besoin de règles claires pour planifier leurs investissements sur le long terme ». Enfin, pour les futurs traités de libre échange, l’Europe ne signera qu’avec des pays respectant les règles de l’accord de Paris, comme elle le fait déjà aujourd’hui en ce qui concerne les droits de l‘homme ».

Certaines personnes me diront que je suis un incorrigible optimiste, alors que demeurent de nombreux freins susceptibles de contrecarrer ce retour de l’Europe en position de leadership mondial. Je pense être réaliste pour plusieurs raisons : d’abord parce que l’équipe incarnant la gouvernance de l’Europe a été renouvelée et qu’Ursula von der Leyen n’a pu improviser un programme aussi charpenté, présenté seulement 15 jours après sa prise de fonction ; ensuite, le vice-président Frans Timmermans chargé du dossier a déjà manifesté à plusieurs occasions son engagement pour défendre la planète, le nouveau commissaire à l’économie, Paolo Gentiloni prévoit des réformes pour favoriser la coordination entre États face au réchauffement climatique, le futur président du Conseil européen Charles Michel estime que l’Europe doit renforcer ses capacités pour peser davantage dans le monde, et Josep Borell, le futur chef de la diplomatie, demande à l’Europe « d’apprendre à parler le langage de la puissance ».

Quant au Parlement européen, sa nouvelle composition issue des élections de juin ne laisse aucun doute sur son vote de la loi sur le climat.

Ce consensus des instances européennes sur l’urgence climatique ne serait rien si la population ne partageait pas cette finalité ; or, 90 % des citoyens européens jugent que l’urgence climatique nécessite qu’une action décisive soit lancée dans ce domaine. Terminons par le plus important, la mobilisation de la jeunesse avec son icône Greta Thunberg qui s’adresse aux dirigeants du monde en leur disant deux choses simples : nous vous demandons de prendre enfin au sérieux les rapports du GIEC et d’engager immédiatement des actions massives pour freiner l’augmentation des températures.

En attendant les résultats de la COP 25, même combat pour Ursula von der Leyen, Greta Thunberg… vous et moi.

(1) Citons 2 ouvrages sur le green deal :

– « Plan B pour la planète : le new Deal vert » de Naomi Klein – éd. Actes Sud

– « Le New Deal vert mondial » de Jeremy Rifkin – éd. Les liens qui libèrent